Texte de base

14 décembre 2011 Laisser un commentaire

En fin de matinée, je fais mon marché sur les quais de Bordeaux, puisque des travaux autour de la Flèche, place Saint-Michel l’y a déplacé. Entre la ligne de tramway et l’autoroute, une foule de tous horizons assaille les brocanteurs et les marchands de fruits et légumes frais.

Une fois mes courses faites, je retourne chez moi quand dans la rue, je reçois un long cheveu en travers du visage. Je l’enlève avec mes doigts.

Catégories :Exercices de style

Pignon tourne

9 octobre 2011 1 commentaire

J’ignore si tu te souviens m’avoir vu conserver une pomme de pin verte tombée de l’arbre, juste. Elle dénotait dans cette immense couverture d’aiguilles mortes, la raison pour laquelle je l’avais très vite repérée. On percevait nettement en la caressant de nos doigts la fraîcheur de son enveloppe, un genre de velouté très subtil que l’on ne pouvait retrouver sur les vieilles pignes sèches et éclatées. Elle semblait même plus lourde de l’eau que sa croissance a incorporée pour son épanouissement. Elle avait une délicieuse odeur de résine, mais dans cette pinède, difficile de s’en soustraire. Tu m’as souri en silence en me la rendant.

La voici qui trône sur ma bibliothèque, se reposant sur « Vingt ans après » de Dumas. Elle a imperceptiblement changé de teinte, se revêtant du brun de la maturité. Je n’ai pas compris tout de suite d’où provenaient ces bruits secs, jusqu’à ce que j’aperçoive l’éclatement progressif de la pigne. Chaque claquement me surprend puis me renvoie au moment où je la ramasse et la partage. L’aridité l’a saisie, et en se racornissant, elle s’ouvre à mon regard, elle s’ouvre au monde en paix ; ses courbes s’en embellissent, et je ne me tiens plus de joie tranquille.

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Bonjour !

Je sens que ce blog va rester à l’état de veille tant que je rédigerai ce foutu bouquin (27 pages manuscrites, aux deux tiers du chapitre 2/9…). C’est difficile, je lutte. Bougre de diou, ça enseigne la patience, en tout cas, que vous le vouliez ou non !

Ou alors, comme d’hab’, quand j’aurai envie de vider la poubelle ici, je le ferai.

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Dans le tram, tout le monde vous entend parler…

4 août 2011 2 commentaires

17 h 20

La foule est bavarde, la journée de travail tire à sa fin. « Arts et métiers » affirme l’éternelle voix féminine du tramway. La foule se balance en cadence au gré de la conduite du chauffeur ; à l’arrêt, les portes s’ouvrent.
S’engage dans le wagon un personnage. L’homme au teint chocolaté porte un couvre-chef qui repose sur une cascade de tubules capillaires. On s’aperçoit vite que son visage est illuminé bien que légèrement gonflé, et qu’il émane autant l’insouciance que la bière, dont il possède un spécimen en canette à la main. Il s’accroche à la barre de soutien qui s’élève à mi-corps, tout en marmottant pour lui-même. D’aucuns se sont arrêtés de discuter, l’observant à la dérobée, redoutant l’inconnu. Prenant une gorgée de liquide fermenté, il titube, lymphatique, bousculant indifféremment des quidams dans son dos. Après quelques instants de cohabitation, des conversations reprennent :
« Ο επόμενος στάθμος… Συγγνώμη. (La jeune femme s’interrompt.) The next station is Bethanie. We are seven stations from la Victoire. »
Un rire monstrueux (« Heuah ! Heuah ! Heuah ! Heuah ! ») retentit. L’hilarité provient du personnage qui, alors que son monologue incompréhensible se tarit, exulte pour une raison connue de lui seul dans un mouvement de tête descendant et tourbillonnant. Puis il relève un œil ouvert en tendant un doigt dans une direction onirique en un bref marmonnement, qui se conclut par un nouveau rire tonitruant.
Cette expression de bonne humeur annihile toute voix humaine aux alentours immédiats. Beaucoup de passagers se détournent pour dissimuler soit un sourire incompressible, soit une face exaspérée.
Imperceptiblement, en dépit du moyen de transport bondé, un espace circulaire se crée autour du personnage. Aux quatre stations suivantes, les nouveaux entrants, repérant le produit de ce phénomène étrange à cette heure de pointe, s’agglutinent à qui mieux-mieux dans la masse compacte humaine. Mais la proximité se fait intolérable.
« Barrière Saint-Genès » soutient l’invisible femme. Une jeune femme blonde pénètre dans l’antre ambulante ; elle se raidit au contact des regards portés sur elle, accusateurs à l’idée d’un plus fort entassement, et se positionne près des portes qu’elle vient de franchir. Elle sursaute (« Heuah ! Heuah ! Heuah ! Heuah ! Heuah ! ») quand une nouvelle et puissante secousse de rire explose dans son dos. Elle n’est pas au bout de ses émotions : une main délicate lui caresse sa chevelure solaire ; elle bondit d’un mètre sur le côté, car le geste s’est vu accompagné de sons inarticulés et minaudeurs. Personne n’est dupe du cirque innocent qui se joue encore deux fois, avant que la jeune femme ne se plaque contre un homme arborant un large sourire. Elle, au demeurant, ne goûte guère la plaisanterie faite à ses dépens, tandis que le persécuteur reprend une lampée de son breuvage et poursuit un enjoué babillage.
Aux frontières du cercle de précaution les sourires se sont faits moins discrets, et le brouhaha regagne du terrain. Un nouveau rire solitaire se répercute dans l’espace exigu, et toujours accroché à l’homme, la jeune femme un brin nerveuse ne peut s’empêcher d’y associer un sourd écho.
« Bergonié » garantit la voix dans le haut-parleur ; puis les portes de s’ouvrir.
Une demi-douzaine de collégiens s’engouffrent dans l’arène et découvrent instantanément le personnage. Son catalogage est parallèlement effectué.
« Ouah ! Il pue !
– Vas-y bouge, fait l’un. J’veux pas être à côté d’lui !…
– On comprend rien à c’qu’il dit », glousse une autre.
Face au rempart des grandes personnes, les enfants se placent autour de l’axe qu’est la barre centrale de soutien. De petits rires fusent ; le personnage s’est visiblement rendu compte qu’il est au cœur de l’attention des enfants. Une petite brune aux longs cheveux soyeux perd son sang-froid, en lâchant une exclamation aiguë, lorsqu’il les effleure.
« Heuah ! Heuah ! Heuaaah !
– Il est fou lui !
– Heureusement que j’descends à la Victoire ! déclare un gamin.
Ceci ne les empêche pas de s’esclaffer tout en s’éloignant au mieux de l’imprévisible homme.
« Saint-Nicolas » certifie la voix automatique.
Les enfants s’excitent face au personnage qui tangue, bière à la main, et n’arrêtent pas de parler ouvertement du sujet en question. Les adultes ont tous au moins un sourire en coin ; l’ancienne persécutée s’est retournée pour considérer le spectacle vivant, et un sourire ne quitte plus ses lèvres. Bien qu’amusés, d’aucuns néanmoins attendent avec une impatience croissante de sortir, d’autant que le tramway traverse la place de la Victoire dans une douce courbe.
« Victoire » assure d’ailleurs la sempiternelle voix. Quelques interminables et délicieuses secondes plus tard, une grande cohorte se précipite au-dehors.

Catégories :Bordeaux

Brôôôarp !…

Oh pardon, c’est le cidre ingurgité pour mon annif qui…

Bref. 28 balais sonnants et trébuchants. Ranafout’.

J’avais prévu un p’tit texte de vécu dans le tramway de Bordeaux (ça aurait plu à Antoine le Guide Officiel de Bordeaux Même Qu’Alain Jupette Lui A Claqué La Bise), mais je l’ai oublié… à Bordeaux. Deux ou trois personnes l’ont déjà lu, me semble-t-il.

À l’heure où ce billet paraîtra, je serai dans le train, au départ de Quimper. Misère. Quel temps pourri j’ai eu !!… Ce crachin inimitable ; ce vent glacial venu d’Atlantique et du congélateur laissé ouvert… J’en ai perdu mes quelques taches de rousseur glanés en terre girondine.

Je mettrai le texte en question mercredi ou jeudi.

Sinon j’ai toujours quelques projets en route. J’avance avec un train de sénateur, faisant hurler d’impatience mes hordes de fans qui n’existent pas encore. J’en suis à cinq pages – oui, cinq ! c’est pas beautiful, ça ? – du premier chapitre. Je devrais (conditionnel présent) avancer plus vite, maintenant que j’ai vaincu divers obstacles narratifs et d’ambiance.

Allez… Kenav’.

 

(Oui, passe-moi le foie gras…)

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J’avais un bob

J’avais un bob.
Il était noir, en coton. Cent pour cent. Du temps de mes cheveux longs, je forçais un peu pour qu’il ne s’envole pas au premier coup de vent. La contrepartie était que ma tignasse se défaisait légèrement, lorsque je l’enlevais. Je passerai sur les nœuds systématiques qu’il me donnait.
Son contour souple formait une vaguelette continue, me donnant de loin et de profil l’air davantage clownesque, avec ce tarin percé de galeries. Mais cette truffe avait sa large superficie protégée par ce même bord, car elle est douloureusement sensible aux rayons solaires ; elle prend de manière éclatante et rapide une teinte rubicond. J’attrapais du comique de situation d’un côté là où je tentais d’en éviter ailleurs.
Il possédait une odeur qui lui était propre ; à me suivre ainsi sans gêne, nous nous étions attachés l’un à l’autre de bien des façons.
Un jour, il a disparu. Ou je l’ai perdu en route. Il me manque.
J’avais un bob.

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Guacamole

Aujourd’hui, mon thym est mort. Ou peut-être hier, je ne sais pas. Depuis plusieurs jours il avait mauvaise mine, ses feuilles se racornissaient, il attirait des moucherons – ces vautours. J’ai tenté au maximum de le maintenir en vie : élagages méthodiques, dons du sang, rien n’y a fait ; c’était peut-être son destin, lui qui était de l’espèce Faustini.

Je voulais seulement une plante, quelque chose qui aurait senti bon le Sud et dont j’aurais glissé une couple de longues tiges dans une bouteille d’huile d’olive ; joindre l’utile à l’agréable, comme on dit. Je l’ai retiré de son pot et mis dans un sac poubelle, charnier du quotidien. J’ai racheté un plant de thym d’une autre espèce et deux cactus, dont l’un a remplacé le Faustini dans son contenant.

Mon voisin du dessus m’a observé au moment où je procédai à l’échange pot à pot, sur la terrasse ; nous nous sommes rendus une petite salutation de la tête. Faut-il y voir une sorte de cause à effet, je l’ignore, mais quoi qu’il en soit, dans l’heure qui suivit deux policiers ont sonné à ma porte et m’ont demandé s’ils pouvaient entrer. Je leur ai dit que oui, que je n’ai rien à cacher, soyez les bienvenus. Je ne ressens aucune antipathie particulière à l’encontre de la gent policière, mais ces deux-là, ils  m’ont rebuté dès leur entrée dans l’appartement. L’un d’entre eux s’est mis à renifler ostensiblement en s’avançant dans mon petit salon, tandis que l’autre m’expliquait qu’on leur avait fait part de plantations douteuses ici. Sûr, que je leur ai dit, mes cactus n’ont pas une forme banale, mais ce ne sont que des cactus.

Le policier renifleur s’est soudain fendu d’une exclamation en apercevant les pots au bord de la fenêtre, puis s’est approché tout près en m’interrogeant, qu’est-ce que c’est que ça, une nouvelle espèce de marijeanne, du pavot ogéhème ? Je n’y connais pas grand-chose aux plantes, mais lui en tient une couche que je me suis dit. Ce sont mes cactus et mon thym, je lui ai répondu, et j’ai fait les présentations, voilà Arès et là c’est Mickey, et là Thymthym. Mon intention n’était que de détendre l’atmosphère, cela n’a pas paru plaire aux policiers, qui m’ont signifié avec un zèle de serviteur de l’ordre public que la Loi m’ordonnait de déclarer l’existence de ces plants à l’Hadopi car ils avaient un nom déjà déposé, et que j’allais payer une amende. Je leur ai répondu qu’il n’en était pas question, que c’était n’importe quoi, qu’un Italien qui s’appelle Mario ne paye pas de redevance à Nintendo que je sache. Là-dessus ils m’ont embarqué pour outrage et résistance passive à agents assermentés, et j’attends mon avocat en cellule.

Catégories :Bordeaux