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Archive for the ‘Rêves’ Category

Danse transitoire

Je dévale un sentier qui m’amène dans les bois et qui m’est familier depuis que j’ai emménagé à Pluguffan. Il est bien plus long que dans la réalité, je bondis dans son lacet étroit comme un cabri. Je suis en pyjama et en robe de chambre. Je ne sais pas ce que je porte aux pieds. Soudain, quelqu’un, ou plutôt une forme humaine élancée, sensiblement opaque, de teinte verte mais verte du feuillage environnant, me dépasse non loin en sens inverse. Je m’arrête, elle aussi. Je ne la distingue qu’à peine, mais elle est présente, et nous nous observons, et lors de cette observation réciproque silencieuse, ce fut comme si nous avions échangé plus que nous ne nous serions épuisés à le faire en paroles. Nous nous détournons et reprenons notre chemin au même instant.
En bas, dans l’encaissement recouvert de feuilles de châtaignier mortes, au bord du Ruisseau, m’attendent Gaëtan et Loïc ; ce dernier tient un arc avec une flèche encoché qu’il jette au loin, pensant une chasse terminée. Nous traversons le Ruisseau et remontons le relief par l’autre versant ; le sol est doux et spongieux, une mousse moelleuse a envahi le sol.
Il n’y a plus d’arbres autour de nous, seuls ceux qui délimitent le champ dans lequel nous nous situons maintenant. Le ciel possède ce bleu profond du crépuscule du soir, d’où percent quelques étoiles. La pente se fait moins raide. Devant nous, un attroupement festif s’est rassemblé aux abords de plusieurs foyers, et des musiques vaguement électroniques nous parviennent. Je m’avance dans ce qui m’a tout l’air d’une rave party improvisée. Des individus se bousillent les tympans en dansant à quelques centimètres des baffles géantes. J’ai perdu Gaëtan et Loïc, ils ne doivent pas être très loin.
Pris dans le rythme de la musique, je me mets aussi à danser. Et je bouge, et les pieds et les bras et le tronc et la tête et les jambes ; je ne fais pas attention à ce qui m’entoure, quand je danse, j’ai les yeux souvent fermés, car je communique davantage avec moi-même qu’avec autrui ; c’est un tort, car la danse est un langage, et je vois que certains me regardent danser, d’autres m’ont rejoint, plus de filles que de garçons. Je sue, toujours en robe de chambre. Je me vois souriant, illuminé par les feux éparpillés alors que la nuit noire a posé son voile, continuant à danser, si l’on peut appeler ainsi mes gesticulations. Mais cela n’a pas d’importance, car je me sens bien, dans une paix intérieure.

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Un rêve ne s’arrête pas. Il file. Pour simplifier, on va dire qu’il utilise la ponctuation, mais il ne connaît pas le point ; ce n’est pas lui qui se met un terme. Non, un rêve s’écrit à l’aide de points virgule ; il passe d’une idée à l’autre en gardant un lien, plus ou moins subtil, avec le tronçon de rêve précédent.

D’un autre côté, c’est difficile de se souvenir d’un rêve, sauf lorsqu’il s’agit de mauvais, ou bien quand il se répète. Malgré ce sentiment de familiarité sur l’instant, il nous file entre les neurones. Et s’il y a bien une chose que je ne souhaite pas savoir, c’est où ils se cachent.

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Je suis dans une maison, peut-être mon ancien appartement de Melun. Il y a des toiles d’araignée accrochées partout, où que je pose mon regard. J’ouvre une porte, de l’autre côté je déchire une super-structure filandreuse et fais fuir une ribambelle de petites bêtes. Dans la lumière oblique matinale, aucun grain de poussière ne danse, ils ont tous été capturés.

Je sais qu’en refermant la porte, les bestioles repartiront dans la rénovation de leur demeure, et j’en suis troublé. M’approchant d’un meuble, non sans m’être débattu dans le grillage animal, je découvre une épaisse nappe de brouillard de soie dans laquelle séjourne une immonde araignée. Je me saisis de la poignée et lorsque j’ouvre le placard, avec un effroi durement réprimé j’observe la bête qui se meut à une vitesse irréelle et part se recroqueviller dans un coin.

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J’ai le même âge qu’aujourd’hui. Il y a beaucoup de monde, autour de moi. Nous sommes assemblés à la sortie du rond-point de Lududu, en direction du pont de Poulguinan. Je n’ai plus de souvenirs de ce qui s’est passé juste avant, mais j’ai le sentiment de sortir d’un affrontement, ou d’une sérieuse empoignade.

Quelqu’un indique au sol d’étranges cercles noirs. Ils sont regroupés par lots de trois : un cercle d’un diamètre d’un mètre cinquante environ, et les deux autres bien plus petits mais pas de surfaces identiques. Je regarde la route et j’aperçois au loin d’autres ensembles. Dans la lumière jaune des lampadaires, la chaussée, blafarde, déroule ses vertèbres signalétiques et ses nouvelles taches de vieillesse.

Nous nous mettons à marcher en direction du pont ; j’avance sur le trottoir en longeant la haute haie noire de conifères. Et j’observe ces étranges ronds d’un noir mat, d’un noir de bâche en plastique ; impression confirmée lorsqu’un individu, inconscient ou téméraire, foule un cercle : la matière réagit à l’instar d’un trampoline, épaisse, tendue ; elle vibre comme si elle avait créé un vide sous elle.

Le virage à droite débouche sur le pont qui traverse l’Odet. D’en haut, il m’est permis de voir d’autres cercles noirs sur l’eau ; c’est marée haute. Cependant, ces cercles-là ne sont pas affectés par le courant. Je n’ai pas le temps de le montrer.

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Je suis plus jeune qu’aujourd’hui. Je porte un pyjama noir et un tee-shirt blanc. Je marche avec quelque chose sous mon bras droit, sur la route de Quimper, à la sortie de Plugu’. Il fait nuit, pas noir, la lumière et le temps ont suspendu leur envol et se seraient figés sur toute chose. Le ciel est d’un bleu très profond – pas noir, j’insiste – un bleu abyssal.

J’arrive au premier embranchement ; à droite une vieille route qui mène au camp des gens du voyage. Ce chemin, cerné d’arbres et de végétation dense de fougères, graminées et autres fleurs d’été, endormis, se situe au commencement du long faux-plat montant de la route de Quimper. A ma gauche n’existe pas encore le nouveau quartier, c’est toujours les deux terrains bombés, séparés par une grande rangée de hauts châtaigniers, coincée dans un repli qui descend, dans une courbe, en pointant vers le nord.

Je suis là, et au loin sort de la ville une voiture pleins phares. Je suis pris de peur ; je me précipite sur la route cabossée pour me mettre à l’abri ; je ne porte que des chaussettes. Sous mes pas miraculeusement épargnés par les gravillons succède au bitume une terre meuble tapissée de feuilles. Je ne me suis pas caché derrière un tronc, je pense que je suis allé assez loin, malgré mon tee-shirt bien trop visible. La lumière flagelle les arbres épais à la vitesse du véhicule, puis laisse de nouveau place au silence et à l’obscurité nocturnes.

Je marche jusque la route départementale, enjambe le fossé, descend un peu en suivant le talus végétal sur ma gauche. Les gigantesques troncs sont sensiblement penchés ves l’abîme, mais tiennent bon ; leurs racines sont étendues, sous terre, et puissantes, assurant un ancrage solide. Cette atmosphère des profondeurs n’est pas hostile, mais elle inquiète ou, plus précisément, elle angoisse, elle serre le cœur doucement.

Je grimpe sur le talus, et quelle n’est pas ma surprise de voir un mur de briques, d’une hauteur de cinq mètres (malgré la pénombre, bizarrement j’arrive à estimer la hauteur), appuyé de tout son long sur les arbres, dans une forme qui me rappelle alors une voile gonflée par le vent et malgré ça empêchée de se déchirer par les coutures de la toile, tellement le souffle est fort. Je suis devant la première colonne de briques, pas vraiment droite et qui s’appuie sur un tronc. J’appose la main et pousse légèrement le mur en arrière, tentative puérile de remettre l’édifice en place. Mais le mur réagit immédiatement : par une réaction en chaîne, la première colonne entraîne les autres à retrouver une droiture nouvelle ! Le mur redevient un mur. Pas impressioné pour un sou, j’exerce une pression sur l’autre face, et par le même engrenage, le mur retrouve le relief joufflu d’une voile tendu.

Je descends du talus et continue ma petite randonnée. Plus haut sur la route, passe une autre voiture qui éclaire le bas-côté. Je rencontre soudain un petit être que je suis incapable de vous décrire, mis à part sa taille qui ne dépasse pas mes genoux. Il s’empare de l’objet caché sous mon bras, paraît content et me lance avec une voix que je suis là aussi bien incapable de décrire :
– Et si on allait leur couper sept doigts ? Sept doigts, je trouve que c’est un bon nombre.
Je lui réponds, presque en jubilant :
– Non, on n’a qu’à leur en couper cinq, seulement. Mais comme ça, on leur coupe la main en même temps !
L’autre réfléchit un instant, puis accepte avec enthousiasme.

Il m’entraîne par-dessus le talus, à travers une ouverture. L’autre champ est une parcelle où croît du maïs, qui n’en est encore qu’au stade de jeune pousse. Je jette un œil en arrière et remarque sur la pente de l’autre terrain des rangées de jeunes conifères, taillés comme des sapins de Noël, et dont je n’aperçois leurs formes que par leurs contours éclairés par je ne sais quel point lumineux invisible.

Je gambade dans le champ, sans me soucier d’écraser les plants, suivant l’étrange petit être que je sens plus en moi que je ne le vois. Nous rejoignons une étrange chose : un tronc rongé par le temps et les insectes, blanc comme la vieillesse, pointu et couvert d’échardes, des branchages faisant office de bras maigres et de jambes décharnées. Il luisait, ou bien il réfléchissait une lumière intérieure, ce qui lui conférait une présence à la fois dérangeante et plaisante. Et il marchait.

Nous lui avions emboîté le pas et tournions vers la droite dans une certaine direction, lorsque tout s’évanouit.

[L’objet en question semblait être un livre, mais vu que je ne suis pas certain, je préfère m’en tenir à objet.]

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– Un rêve bizarre… Je n’arrive pas à le décoder, à en extraire le message.
– Racontez-le-moi, tout d’abord. Que je sache ce qu’il contient.
– Eh bien… Ça se passe en Antarctique. Comment je le sais, comment je peux différencier le pôle Nord et le pôle Sud, je n’en ai aucune idée, mais il n’y a aucun doute en moi, ça se passe en Antarctique. C’est l’été, aussi ; le ciel est bleu, très clair, il y a juste des nuages sur l’horizon, très loin ; le soleil éclaire tout ; la neige est omniprésente ; je sens qu’il fait très froid. Et dans le rêve, j’ai peur du froid. Quand on voyage là-bas, c’est quelque chose à prendre en compte, bien sûr, mais… j’ai peur du froid. Et plus je monte, plus j’ai peur du froid.
– Où montez-vous ?
– Oui, je ne l’ai pas encore dit. Je grimpe une montagne de l’Antarctique ; plus précisément, un volcan. Je sais que c’est un volcan parce que je le sens qui gronde et bouillonne en moi. C’est assez… étourdissant comme sensation, bien qu’elle ne vainc pas cette peur, qui me taraude sans cesse… Et je grimpe, et je marche, et j’avance dans cette neige que si peu d’hommes ont vu, ont même foulé… Parfois j’aperçois un escarpement de roche noire sur ma droite, qui tranche le blanc de la neige. C’est presque un point de repère, là-haut. Quand je regarde derrière moi, je vois l’étendue de neige, infinie ; on a l’impression qu’elle nargue et menace, en ricanant : « Pas de ticket de retour ! » Alors on n’arrête plus de marcher.
– Y a-t-il quelqu’un, à vos côtés ?
– Non, je suis seul. Pourtant… Pourtant, je sens une présence… Je ne sais pas qui, je ne sais pas quoi, mais elle est là ; elle me couve ; on peut dire que… qu’elle me rassure. Mais elle n’arrive pas à calmer l’oppression dans mon cœur. Peut-être parce qu’elle ne se situe pas exactement sur le même plan, vous voyez ce que je veux dire ?… La présence est tout autour de moi, elle interagit avec moi, mais n’a pas franchement d’effet sur ma peur, ma peur du froid. Comme si j’avais dissocié une partie de moi-même… Et… j’arrive, enfin, au sommet de la montagne, qui à l’intérieur est un volcan, et j’ai une vue inouïe sur l’Antarctique, à vous faire pleurer, et je pleure d’ailleurs dans le rêve, une vue à vous damner… Tout est blanc… Blanc… Si blanc, si immense… Je n’ai pas dit stérile, ce n’est pas un blanc stérilisateur, au contraire : c’est un blanc si empli de promesses… C’est peut-être pour ça que je pleure, c’est peut-être pour ça que j’ai peur. Sur ma gauche, il y a cette chaîne de montagnes qui se confond, loin, loin. Le soleil est en face de moi, assez bas sur l’horizon légèrement incurvé. Je sais qu’il ne se couchera pas. Je ne sais pas si c’est à cause du froid ou de la peur, mais je grelotte, et plus le temps passe à rester immobile au sommet, plus je tremble.
– Et qu’y a-t-il sur votre droite ?
– Je l’ignore.

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_L’été approche. Paradoxalement un froid m’envahit insidieusement depuis quelques semaines. Les premiers symptômes apparurent pendant les vacances de février. Je n’ai tout d’abord pas prêté une oreille attentive à l’évolution de ce poison glacial qui s’infiltrait dans toutes les strates de ma psyché.
_Ce fut une douce déflagration. Tout et son contraire, Rien, se sont invités en moi. Une formidable curie a lieu en ce moment même, et il ne se passe pas une journée sans que je me demande si je ne suis pas en train de perdre la raison. Oh, petit à petit. On peut saisir l’image de la goutte du robinet mal fermé tambourinant l’inox de l’évier à intervalles réguliers. Une torture à la limite du supportable (utilisé par les nazis pendant la Guerre, me semble-t-il). J’éprouve également un début de doute quant à mon français employé dans cet article. J’écris, et les mots bourdonnent sur ma feuille. C’est assez terrifiant.
_La réalité qui m’entoure commence à s’estomper, lentement, mais assez pour que je m’en rende compte. Cette atténuation me délivre probablement un message, que je puis traduire ainsi : « On ne peut rester indéfiniment sur les mêmes bases ». Jamais cela ne s’était transmis de façon aussi nette.
_La déliquescence en cours, si désagréable soit-elle, n’est qu’une déstructuration de ma cohésion ancienne (en passe d’être révolue, donc), afin de me réajuster dans un nouvel ensemble. Bon ou mauvais, il n’y a que l’expérience qui me délivrera la réponse, s’il doit, aussi, y en avoir une. Au moins ai-je appris ceci au fil des années : on change, certes, mais jamais dans la direction que l’on souhaite. Ce serait trop beau. Et la notion positive ou négative que l’on dégage de cette transformation (parler d’une métamorphose serait trop fort, à mon avis on parle d’une métamorphose lorsque cela s’applique sur un bouleversement corporel et psychique, telle la puberté) se jauge dans le regard d’autrui. Des Autres. Cela relève d’une frustration inouïe, et soulève deux questions fondamentales :
_1) Sommes-nous dépendants les uns des autres ?
_2) Peut-on se construire de soi-même ?
_Je ne rejetterai pas ce qui m’a été offert par le passé. Peut-être en ferais-je un usage différent. Selon ce qu’il en sera décidé.

_J’ai fait un rêve hier matin : je regardais mes mains le plus calmement du monde, et doucement, de petites pellicules de peau se détachaient. Le phénomène était semblable à une guérison de l’épiderme suite à un coup de soleil, mis à part que la couleur était semblable à celle que j’ai au sortir de l’hiver. Tandis que je déplaçai mon regard sur mes mains (en particulier la gauche), elles pelaient davantage mais sans que je puisse le voir. Je faisais l’aller-retour entre mes doigts et ma paume, et entre-temps la surface nouvelle s’agrandissait. Je me suis réveillé avant d’en voir la fin.
_Je suis resté songeur un long moment, les yeux mi-clos, les mains coincées entre ma tête et l’oreiller. Que j’eusse vu mon plafond recouvert de pétales de roses rouge ne m’aurait pas fait sortir de ma torpeur.

_Comme on dit, toutes les heures sont douloureuses, il n’y a que la dernière qui est fatale.

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