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Guacamole

Aujourd’hui, mon thym est mort. Ou peut-être hier, je ne sais pas. Depuis plusieurs jours il avait mauvaise mine, ses feuilles se racornissaient, il attirait des moucherons – ces vautours. J’ai tenté au maximum de le maintenir en vie : élagages méthodiques, dons du sang, rien n’y a fait ; c’était peut-être son destin, lui qui était de l’espèce Faustini.

Je voulais seulement une plante, quelque chose qui aurait senti bon le Sud et dont j’aurais glissé une couple de longues tiges dans une bouteille d’huile d’olive ; joindre l’utile à l’agréable, comme on dit. Je l’ai retiré de son pot et mis dans un sac poubelle, charnier du quotidien. J’ai racheté un plant de thym d’une autre espèce et deux cactus, dont l’un a remplacé le Faustini dans son contenant.

Mon voisin du dessus m’a observé au moment où je procédai à l’échange pot à pot, sur la terrasse ; nous nous sommes rendus une petite salutation de la tête. Faut-il y voir une sorte de cause à effet, je l’ignore, mais quoi qu’il en soit, dans l’heure qui suivit deux policiers ont sonné à ma porte et m’ont demandé s’ils pouvaient entrer. Je leur ai dit que oui, que je n’ai rien à cacher, soyez les bienvenus. Je ne ressens aucune antipathie particulière à l’encontre de la gent policière, mais ces deux-là, ils  m’ont rebuté dès leur entrée dans l’appartement. L’un d’entre eux s’est mis à renifler ostensiblement en s’avançant dans mon petit salon, tandis que l’autre m’expliquait qu’on leur avait fait part de plantations douteuses ici. Sûr, que je leur ai dit, mes cactus n’ont pas une forme banale, mais ce ne sont que des cactus.

Le policier renifleur s’est soudain fendu d’une exclamation en apercevant les pots au bord de la fenêtre, puis s’est approché tout près en m’interrogeant, qu’est-ce que c’est que ça, une nouvelle espèce de marijeanne, du pavot ogéhème ? Je n’y connais pas grand-chose aux plantes, mais lui en tient une couche que je me suis dit. Ce sont mes cactus et mon thym, je lui ai répondu, et j’ai fait les présentations, voilà Arès et là c’est Mickey, et là Thymthym. Mon intention n’était que de détendre l’atmosphère, cela n’a pas paru plaire aux policiers, qui m’ont signifié avec un zèle de serviteur de l’ordre public que la Loi m’ordonnait de déclarer l’existence de ces plants à l’Hadopi car ils avaient un nom déjà déposé, et que j’allais payer une amende. Je leur ai répondu qu’il n’en était pas question, que c’était n’importe quoi, qu’un Italien qui s’appelle Mario ne paye pas de redevance à Nintendo que je sache. Là-dessus ils m’ont embarqué pour outrage et résistance passive à agents assermentés, et j’attends mon avocat en cellule.

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Catégories :Bordeaux
  1. Zatlosan
    21 juin 2011 à 11:55

    Je sais ce que c’est que de perdre ses plantes… en ai perdues deux depuis mon arrivée dans ma maison… et ça me déprime ! 😥

  2. 23 juin 2011 à 16:01

    Ça m’déprime aussi, nom de nom, surtout que Thymthym junior vient de trépasser… Y a que Mickey et Arès qui survivent (et Arès qui pousse bien).

  3. Gauvain le Saint des Seins
    1 septembre 2011 à 13:53

    c’est marrant, j’y ai presque cru, mais j’ai déjoué la galéjade au moment où tu as voulu faire preuve d’humour devant ces hommes en bleu. Couillu tel que je te sais, tu n’aurais jamais osé…!! Ah ,ah, même pas chiche d’exhiber ton popotin devant les fenêtres de la caserne

    • 1 septembre 2011 à 14:57

      Tu me connais de fond en comble, dis donc ! (Mouahahaha)

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