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Archive for novembre 2010

Thé zo ganet droch ?

Galerie commerciale du centre Meriadeck. Je fais quelques courses comme tout bon consommateur lambda qui se respecte.

Cela fait un moment que « La Cure Gourmande », boutique vendant des biscuits aux parfums divers, à la devanture prometteuse et colorée, m’intrigue ; je décide de m’y engager. La jeune employée – disons dans le prime éclat de la trentaine –, très affable, explique la procédure à l’innocent qui l’aborde afin de se servir en petits gâteaux. En bonne vendeuse rodée au lasso des affaires qui fonctionnent, elle n’oublie pas de m’indiquer le lien pécuniaire entre les boîtes à gâteaux et leur futur contenu ; tout à mon avantage, cela va de soi. Je lui confesse que j’ai une arrière-pensée vis-à-vis des boîtes, que l’une d’entre elles me servira à conserver du thé. Elle pense n’avoir rien laissé paraître à ma remarque, mais je lis un trouble chez elle avant qu’elle ne m’abandonne aux monticules désespérants.

Le choix fut cornélien : je déglutis beaucoup.

Ma décimation effectuée, je me rends à la caisse. Elle pèse mon forfait – la vente se fait au poids, bande de canailles –, inclut la boîte dans la facture, ajoutant mi-figue mi-raisin : « Une boîte pour y mettre du thé, donc. » Je lui confirme l’utilisation que je compte en faire d’une simple interjection positive, ne sachant quoi ajouter.

*

Le fourbi règne en maître, dans les couloirs de l’UFR de géographie : la restructuration en cours chamboule l’ensemble de l’organigramme et par conséquent, les affectations des uns et des autres. Un nettoyage tel que l’université n’en a pas connu depuis au minimum une vingtaine d’années. On déterre de vitrines crasseuses des logiciels de cartographie pour Macintosh datant du début des années quatre-vingt-dix, flambant neufs car sous cellophane ! Vous avez dit gaspillage ?

La Cartothèque en profite pour récupérer des meubles à plans situés dans des bureaux vides de leurs anciens locataires mais pas des incommensurables affaires desdits locataires – courageux, pas téméraires. Une carte de Belleyme originale – fin XVIIIe – fut ainsi sauvée de la décharge… Bref, des meubles horriblement lourds, que les déménageurs, entre autres multitudes d’objets, déposèrent dans la réserve. La besogne faite, mon collègue et moi-même dîmes aux deux hommes de venir boire un café, en n’oubliant pas d’inviter leurs homologues.

Ils débarquent à cinq. On devine allègrement qui est le chef ; il a une figure nerveuse, tout en traits découpés, des yeux acérés, une coupe rasée : on perçoit que mine de rien, et malgré leur comportement, les autres gravitent autour de lui. Il s’attable. Un ou deux décline poliment la tasse de café que leur tend mon collègue.

« On a du thé, si vous voulez » lancé-je alors ; et tous de s’esclaffer plus ou moins bruyamment. Le jefe, légèrement vautré, me regarde d’un air gentiment moqueur, tandis que je n’ai toujours pas saisi le point hilarant de ma remarque. « Dans ce cas, avec du super cake, si vous en avez » fait-il, goguenard.

D’accord. Les sourires accrochés aux visages des déménageurs, la « conversation » dérive sur le thème de la marie-jeanne au travail. Deux minutes, et les voilà pliant bagages, en nous remerciant du réconfort caféiné.

Un peu stupéfait par la tournure des choses, je me tourne vers mon collègue : « Le thé, ça n’est pas assez viril ? »

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Épilogue. J’ai bien deux sachets de cinquante grammes de thé en vrac dans ma boîte à gâteaux – du Pai Mu Tan et du White Monkey, des thés blancs. De la très bonne.

Catégories :Bordeaux