Archive

Archive for décembre 2008

16 décembre 2008 2 commentaires

J’ai arrêté de diffuser les Intermédiaires car je n’en avais pas écrit davantage… Non, c’est plus nuancé. Il y en a deux de plus, sauf que le premier je le réserve pour un concours littéraire, ce qui m’interdit d’office de le publier avant son hypothétique parution dans le magazine qui organise ce concours (le Magazine littéraire, en l’occurrence), et le deuxième je le laisse au chaud.
Intermédiaires étant un nom intermédiaire. J’ai réfléchi à un nouveau concept. Les prochains textes, qui ne paraîtront pas ici sont en général bien plus longs que ce à quoi je m’attendais, de prime abord. En effet, le but originel des Intermédiaires était de composer 108 textes dans lesquels je m’imposais trois contraintes : d’une, ne pas dépasser le recto d’une page quadrillée à petits carreaux ; de deux, utiliser un pont, un tunnel ou tout moyen de traverser ; de trois, faire mention d’un oiseau, ou de tout objet capable de voler.
Plus le projet avançait, plus il devenait difficile d’accéder surtout à la première contrainte de mon tacite cahier des charges ; je dépassais la page et demie, bien plus encore pour les XXVII ou XXIV, par exemples. J’en ai écrit 36 (je compte le VII, bien qu’il devienne un inédit puisqu’il interfère avec un futur texte plus ambitieux), il en reste neuf à rédiger avec ces mêmes ingrédients (longueur, pont, oiseau, même si la longueur sera mise à mal), et neuf autres qui n’auront pas grand-chose à partager avec les actuels ; sauf bien sûr au sein de ce nouveau concept…

Publicités
Catégories :Non classé

Intermédiaire XXXIV

Un mardi d’été semblable aux autres. Annemiggeli revient du marché artisanal qui se tient au marché couvert de la Grenette à Saint-Claude. Jeune femme célibataire, elle est encore un peu sous le choc de sa récente séparation. Le marché lui donnait l’occasion d’écarter temporairement ses tracas sentimentaux.

Ce fut un émerveillement pour les yeux, comme d’habitude. Les artisans étalaient leurs œuvres décoratives : des briques romaines peintes, des morceaux de bois transformés en stylo ou en corbeille de fruits, des chandelles de toutes les formes et de toutes les couleurs ; Annemiggeli s’en est procurée deux, ainsi que deux pots de confiture (framboise et griotte). Être entourée de monde et s’immerger dans le bruit de la foule l’avait distraite et réchauffée.

Elle progressait vers la rue Édouard Branly, quand elle appréhenda un homme, au croisement de la rue des Étapes et de la rue Carnot, qui prenait en photo le trompe-l’œil représentant l’ancien pont suspendu. Elle le scruta, se déplaçant sur l’autre trottoir, croyant au fond qu’en agissant ainsi, il allait se retourner vers elle. Il était tellement absorbé dans son occupation ; il ne la regarda pas et, ses fantasmes évaporés, elle passa son chemin, la tête nébuleuse.

*

Denis collectionnait les photos des trompe-l’œil. Malgré tous les cerveaux qui y étaient déployés, le Cercle des Amis du Grec Ancien de Dammarie-sur-Essonne lui-même n’avait pu lui donner le nom attribué aux collectionneurs de cette catégorie. Il utilisait ses week-ends et ses vacances tout à sa passion ; une manière détournée de révéler son célibat endurci.

La veille au soir, en s’arrêtant au bord de la route afin de soulager une alarme naturelle, il avait fait fuir un tétras lyre ; sûr qu’un de ses amis du Cercle aurait sorti une bonne plaisanterie. Il nota qu’il faudrait qu’il s’arrête à un restaurant, histoire de découvrir un plat avec ce volatile dans l’assiette, pour avoir un aperçu de la gastronomie locale.

On lui avait fourni une indication au village de Saint-Claude sur un trompe-l’œil, rue des Étapes ; c’est son mode opératoire, questionner les gens dans chaque commune qu’il explore. Cette fois, c’était un pont ; on trouve beaucoup de trompe-l’œil sur et sous les ponts, rarement qui en reproduisent. Celui-ci avait une belle teinte digne des cartes postales de l’ancien temps ; l’autre partie du travail, tout aussi difficile, consistait à fournir une légende détaillée. Ce pont-ci ne ressemblait pas à celui qu’il voyait enjamber la vallée du Tacon ; du travail en perspective.

Denis sentit une pique à la base de sa nuque ; il jeta un coup d’œil à droite et à gauche : seule une jeune femme en jupe et portant un panier s’éloignait. Il se massa négligemment l’endroit qui le démangeait – un quelconque insecte avait dû se cogner – et il reporta son attention sur la peinture.

N.B. : la possibilité du jeu de mots du CAGADE était une indication subtile pour un jeu de mots bien réel : phantasma (φαντασμα) signifie trompe-l’œil !

Catégories :Intermédiaires