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Intermédiaire XXIII

L’étudiant ouvrit des paupières pesantes et scotchées par des croûtes, une nausée jouant au chat et à la souris dans son estomac. Au petit déjeuner, il avala quelque chose pour avaler quelque chose. La veille avait été laborieuse, eh bien cette journée s’annonçait pénible.

Il referma la lourde porte en acier derrière lui, renvoyant un écho métallique assourdissant dans son crâne et le couloir en béton de son immeuble. En se retournant, il manqua entrer en collision avec la volumineuse poubelle vouée au recyclage du plastique. Bien que nageant dans le brouillard il était tarabusté par un point précis, ses lèvres remuant constamment.

« Je vous présente un conte islandais intitulé « Vilfrídur plus-belle-que-Vala », texte que l’on retrouve dans le recueil « Contes d’Islande – Lineik et Laufey », édité à l’Ecole des Loisirs. L’homme qui a retranscrit ces histoires de tradition orale, à l’origine, s’appelait Jón Árnason ; lui-même Islandais, vivant au XIXe siècle… »

Totalement obnubilé par l’exposé qu’il devait rendre en fin de matinée, sans support écrit, en tenant dix minutes montre en main : voilà ce qu’il était. Le matériau sur lequel il avait travaillé était génial, ce qu’il avait produit était bon, pertinent par moments ; il se répétait cette litanie afin d’essayer de conserver sa confiance.

« Ça va être une catastrophe. Ç’a à beau être un oral blanc, tu vas te planter, un vrai festival de boulettes ! »

Cette humeur conquérante en tête, il fut distrait par une plaque gravée dans la pierre, fournissant le nom du pont enjambant la Seine que son trajet lui faisait prendre matin et soir.

« Jeanne d’Arc, j’aurais expressément besoin d’un miracle… »

Mais, non croyant, il ne comptait sur aucune aide providentielle.

« Comme c’est une Blanche-Neige islandaise, je crois qu’il serait judicieux d’évoquer celle que j’ai trouvée dans un recueil de contes africains, pour appuyer davantage sur la mondialisation… non, pas ce terme, galvaudé. Disons, universalité. Universalité de la structure de ce conte. »

Un caquètement le sortit de sa réflexion ; les colverts barbotaient dans le fleuve. Une image fugitive déboula dans sa mémoire : les crises d’angoisse du personnage principal d’une série télévisée, récemment empruntée à l’Astrolabe, impuissant devant le départ de sa piscine des canetons assez grands pour la migration. Il se boucha les oreilles.

« J’en ai marre d’être étudiant ! Vivement que ça cesse ! »

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