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Intermédiaire XXII

– Votre père, lors de cet accident, a gravement été touché.
La jeune fille ne cille pas.
– …Je vous montre ce que le scanner cérébral nous a fournis comme informations.
La doctoresse plaque la radio sur le moniteur.
– Regardez cette zone. C’est ce que l’on appelle le Pont de Varole. Il est un relais primordial du système nerveux central. Il intervient en ce qui concerne la motricité et les fonctions autonomes. En clair, dans peu de temps, votre père ne pourra plus assurer les battements de son cœur, ne pourra plus respirer par lui-même, son transit intestinal s’arrêtera, de même que la pression artérielle…
– Assez ! Elle avait serré les poings et fermé les yeux au cours de la glauque énumération, écrasant une larme qui dévale une joue. « Il est condamné à courte échéance…
– Miss Seinfeld, je ne peux pas le réveiller pour vous permettre de lui dire au revoir. J’en ai le pouvoir, certes, mais la douleur serait par trop intolérable pour lui.
– Ça ira. Merci, docteur Cambronne. »
La doctoresse partie sans un mot, la jeune femme s’approche du lit, les yeux embrumés. Puis elle s’assoit.
– Salut papa.
Le bruit caractéristique des machines hospitalières seul crevait, régulièrement, le silence.
– Tu te souviens quand je courais sur la plage à la poursuite des mouettes ? Tu rigolais toujours à me voir rentrer bredouille de ma chasse, et tu me disais qu’il aurait fallu m’accrocher des ailes pour que j’eus une chance ! Des ailes !…
Pas un son, hormis l’appareil respiratoire et l’électrocardiographe.
– Aujourd’hui, c’est ton âme que je ne peux pas rattraper. (Ses lèvres commencent indistinctement à trembler.) Je ne peux pas la rattraper et la ramener ici-bas. Alors… alors je dois te laisser t’en aller. Je t’aime, papa. Peu importe ce qu’il se passera, je ne peux pas supporter te voir lentement mourir. Ces gens qui empêchent la légalité de l’euthanasie sont totalement dénués d’humanité, ce sont des monstres d’égoïsme ; ils verront ce que cela fait, quand leur tour viendra. Comment pourraient-ils, comment peuvent-ils vivre ce passage sans rien ressentir ? (Elle pleure à chaudes larmes, ses sanglots couvrent un moment les bruits nosocomiaux.) Je t’aime, papa. Je sais que tu aurais fait la même chose pour moi, si j’avais été dans ton cas. Je sais que tu ne m’en voudras pas.
Elle se penche lentement sur le corps étendu, encore chaud, et l’embrasse tendrement sur le front d’un baiser au goût lacrymal. Elle se redresse, digne.
Une voix rugit :
– Coupez ! On la garde !

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Catégories :Intermédiaires
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