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Intermédiaire XIV

– C’est vrai, il en a trouvée une sous le préau.
– Dégueu !… Elle était vivante ?
Gaëtan et Guillaume sont deux copains depuis la maternelle. Ils ont de la chance : jusqu’au collège, ils sont restés dans la même classe. La cloche vient de sonner, et c’est en bavardant qu’ils récupèrent leurs cartables, à l’abri dans les casiers.
– Ouais. Elle s’accrochait avec ses ailes, mais comme elle était mourante, elle devenait de plus en plus faible, tu vois. Et puis à la fin ce crétin l’a gardée dans son sac et il l’a tuée.
– Quel enfoiré ! Il mérite la peine de mort pour assissa… assani… pour meurtre de chauve-souris !
Ils suivent de loin un camarade de classe qui leur sert de guide malgré lui, car ils n’ont aucune idée du numéro de la salle qu’ils doivent rejoindre.
– On a quoi, déjà ? questionne Guillaume.
– 13 h 30… Histoire géo.
– Oh, purée ! Non ! Comment il m’a gonflé, la dernière fois !
– Hum, prévient Gaëtan.
– Guillaume C., encore une fois, retentit une voix de stentor, tandis que l’intéressé se fige. « Même pas encore vautré sur votre chaise que vous vous faites déjà remarquer. Allez, avancez, avant de prendre la poussière. »
Dans le brouhaha les écoliers s’assoient, sortent leur trousse et affaires. Le professeur rappelle brièvement les grandes lignes de la leçon précédente en interrogeant quelques-uns ; les deux compères sont miraculeusement épargnés. Pour un temps.
« Les Romains avaient développé un système d’acheminement de l’eau extrêmement bien conçu, afin de ravitailler les villes parfois très éloignées. Quelqu’un peut-il me donner un exemple de monument ayant besoin d’eau ? Des fontaines, d’accord… Oui ? Des thermes, très bien ! On pouvait s’y baigner en public, et le maillot de bain n’existait pas à l’époque (il éleva la voix pour inciter au silence, en finissant sa phrase), sans distinction entre riches et pauvres. Cette eau arrivait en ville par des aqueducs, de longues voies d’eau, comme le pont du Gard, aujourd’hui le plus grand pont-aqueduc de l’époque encore sur pied… »
Alors qu’il écrivait Gard au tableau, le professeur fut interrompu par un ricanement rendu sonore par contraste dans le silence soudain.
– Hennissement reconnaissable entre mille. Messire Guillaume le Conquérant, fit-il avec emphase, laissez-moi me saisir de cette occasion pour vous poser une question. Trouvez-moi au moins un mot qui finisse par « duc », comme dans aqueduc.
– Euh…
– Euduc, non. Eunuque, c’est presque bon.
– Moi, M’sieur ! Moi ! Moi ! murmurait en gigotant une gamine, le bras levé.
– J’attends, Guillaume.
– Oléoduc, M’sieur, lâche tout bas la gamine.
– Mademoiselle Morgane, puisque vous semblez aimer les interrogations, je vous en donnerai une toute personnalisée.
Guillaume tente une réponse en baissant la tête et levant timidement les yeux.
– Trouuu…
Dans l’éclat de rire général, le professeur tonne :
– Je n’en attendais pas moins de vous, Monsieur C. Vous m’apporterez votre cahier de vie à la fin de l’heure.
– M’sieur ! se récrie l’élève. C’est pas juste ! Vous m’avez piégé !
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Catégories :Intermédiaires
  1. Gauvain
    26 septembre 2008 à 16:24

    Je te reconnais bien là, fieffé polisson !!

  2. Yohann
    27 septembre 2008 à 09:42

    Eh non, ce n’est pas moi qui suis dedans l’histoire, ce sont vraiment deux potes de Pleug’ que j’ai mis en scène !Et l’histoire de la chauve-souris s’est aussi passée à l’époque du collège !

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