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Intermédiaire X

– Ouh ! C’est lourd !
– Pour bâtir quelque chose de grand, tu ne dois pas ménager ta peine, lui objecta le fermier.
– Encore merci, M’sieur !
L’exploitant regarda s’éloigner le petit garçon, le sourire et les yeux dans le vague.

Martial, dix ans, haut comme trois pommes et un abricot. Il passait l’été chez ses grand-parents, et comme chaque année, revoyait sa grande copine Sabine, avec qui il partageait les plus grandes aventures. Leur aire de jeu s’étendait loin tout autour des propriétés ; seul le franchissement du large cours d’eau ne leur était pas permis. A cet âge-là, soit l’on respecte l’interdit sans broncher, soit l’on ourdit un complot dans le plus grand secret.

Sabine dut partir trois jours pour revoir ses cousins ou des tatas, il ne savait plus ; ce qu’il savait, par contre, c’est que pendant ces trois jours, il allait s’ennuyer à mourir et devenir intenable pour son entourage ; encore fallait-il qu’il en eût conscience.

Sabine, le matin de son départ, lui avait alors dit :
« J’ai une idée. Et si tu fabriquais un pont pour traverser le ruisseau ? Comme ça je pourrais traverser sans être mouillée, comme une princesse ! »

Martial avait distraitement écouté la fin de la phrase (« Quelle princesse ? »), car l’idée du pont l’avait tout de suite mis des puces dans les jambes. Sabine partie, il avait immédiatement commencé son ouvrage.

Peu après le déjeuner du troisième jour, il s’était précipité chez le fermier du coin, qui lui avait généreusement donné une palette, qui constituerait le dernier élément de l’édifice. Martial l’avait traînée sur un kilomètre et demi, affrontant ronces et orties, et maintenant il la déposait entre la grosse planche et la terre du rivage, cérémonieusement. Une fois bien calée, le visage illuminé d’une satisfaction légitime, Martial s’arma de patience, pour la raison qu’il attendrait le retour de Sabine pour fouler ensemble la terra incognita.

Il revint au milieu du pont, solide sur ses fondations de briques, et mima un agent de la circulation : « Non Monsieur, s’il vous plaît, on ne peut pas traverser, l’inauguration n’a pas encore eu lieu. »

Il s’interrompit lorsqu’il vit en face de lui (le ruisseau s’élargissait en une large mare d’eau tranquille) un éclair bleu plonger dans l’eau et en ressortir très vite. Il s’agissait d’un martin pêcheur tout à son affaire alimentaire, mais Martial l’ignorait. Émerveillé, il resta un long moment à admirer ce spectacle.

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