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Intermédiaire IX

– Winston ? glapit Zed, lorsqu’il entendit un craquement dans la forêt, tout proche. Il hocha la tête, se traitant de jerk. La forêt est pleine de vie, diurne et nocturne ; nos sens hormis la vue, légitimement handicapée par l’absence de source lumineuse, sont bien plus attentifs la nuit aux stimuli ; c’est ce dont Zed était le jeu.

Il était assis à proximité d’un foyer crépitant et de son paquetage ; les deux hommes s’étaient installés un campement devant l’entrée d’un pont en béton situé en plein cœur de la forêt de Whanganui, en Nouvelle-Zélande. Le chemin qui y menait avait été particulièrement éreintant, même avec les deux chevaux, car sur la piste la forêt reprenait peu à peu le dessus. Ils avaient comme but de bâtir une ferme avec l’aval du gouvernement, mais il ne devait pas y avoir foule dans le coin, ils n’avaient croisé âme chrétienne qui vive.

Winston avait parsemé la route, avant d’arriver au pont, de trappes, histoire de capturer quelque viande fraîche. Pour l’une des prises, il s’était agi d’un kiwi brun, bestiole à plumes commune de la région ; avec un peu de chance, il y aurait un gros œuf en prime à l’intérieur.

Zed et Winston s’étaient rencontrés pendant la Première Guerre mondiale, mobilisés au nom du sacro-saint Commonwealth et de la défense de la couronne britannique. De retour dans l’Île du Long Nuage Blanc, les deux frères d’arme étaient restés en contact. Winston aimait bien Zed, bien qu’il ne fût pas une lumière ; c’est Zed qui proposa à lui et sa famille de l’accompagner pour monter une exploitation dans le Whanganui, au moment où il sût pour l’opération gouvernementale. Ils partiraient en pionniers quand leurs femmes et enfants les rejoindraient peu de temps après. Winston avait accepté, voyant la première occasion depuis des années de voler de ses propres ailes.

Il émergea de l’ombre forestière, portant les pièges et le dîner.

– Allez Zed, plume-moi ça, fit-il en posant le tout à terre.

Zed se mit à l’ouvrage, et Winston, s’allumant une pipe, considéra le pont qui s’élançait telle une rampe vers l’obscurité.

– Rafraîchis ma mémoire, Zed, où mène ce pont ?

– Nulle part, s’esclaffa son compère. Non, je t’assure, nulle part, ajouta-t-il sur la défensive. C’est son nom : the Bridge to Nowhere.

L’instinct de survie développé pendant la Guerre, jamais vraiment estompé, avertit Winston d’un mauvais pressentiment, au moment où il reporta son regard dans les ténèbres d’au-delà du pont.

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Catégories :Intermédiaires
  1. Gauvain
    6 septembre 2008 à 16:41

    J’adore…

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