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Archive for septembre 2008

Intermédiaire XV

27 septembre 2008 Laisser un commentaire

Extraits de notes retrouvées dans le carnet de voyage numéro 9 de Mme Machenka …

Jour 0
Je pars de Saint-Pétersbourg le … 19.. […] Je suis allé regarder la mer du golfe de Finlande, avant de monter dans le train . […]

Jour 1
Suis arrivé à Moscou peu après midi. Le Rossiya Express part à 14 heures de Iaroslavskaïa. Au loin je peux distinguer le Kremlin et ses toits en forme de meringues. […]

Me voilà dans « l’Oural » ; ils surnomment le train ainsi jusqu’à la chaîne de montagnes. J’ai de la chance : il n’y a personne avec moi dans la cabine, personne qui ne ronflera ; de toute manière, il est ardu de dépasser le plafond sonore du wagon. Mais je n’en aurais pas fait un pataquès, car je suis en train de réaliser un de mes rêves. […]

Jour 2
J’ai failli rater l’obélisque, avant d’arriver à Ekaterinbourg, marquant la séparation entre l’Europe et l’Asie. En ce qui me concerne, il n’y a qu’un continent : l’Eurasie. Difficile de prêcher un tel discours, de nos jours. […]

Nous nous arrêtons souvent dans différentes gares ; le Transsibérien est réellement une ligne de vie, c’est admirable.

Jour 3
Ai sympathisé, malgré mon vocabulaire rudimentaire, avec un groupe de Russes joviaux originaire d’Irkoutsk. […] On a fini tard dans la soirée à coups de vodka dans une ambiance extraordinaire. […] Je crois que j’ai tapé dans l’œil de l’une des femmes ; elle s’appelait Machenka.

Je la traverse en été, mais en toute saison, la taïga regorge de paysages d’une splendeur inouïe. Plus du tiers de la superficie du pays en est recouverte. L’Amazonie et la forêt boréale sont les deux poumons de la planète (on a trop tendance à oublier le second poumon) ; pourvu que ça dure. […]

Jour 4
Ai traversé le pont ferroviaire de Krasnoïarsk, enjambant le fleuve Ienisseï. Ne dois pas oublier que ce fleuve coule vers le nord, à l’instar du Nil, et se jette dans l’océan Arctique. […] C’est assez émouvant.

Les Russes et moi avons remis ça. Je ne sais pas si je supporterai une troisième fois de me mettre minable !

Jour 5
Quelle tristesse ! Mes compagnons russes me quittent : Da svidaniya ! (1) On s’est englouti une dernière rasade de vodka […].

Le train contourne par le sud « l’Œil Bleu de la Sibérie », le lac Baïkal. Un trésor pour tout amoureux de la nature qui se respecte. […]

Jour 6
L’ambiance est morose depuis le départ de mes amis, mais les couchers de soleil compensent leur absence (un petit peu). Le relief uni des steppes a été remplacé par des paysages voisins de ceux qui embellissent le Canada. […] La lumière vespérale qui colorait le compartiment m’a particulièrement ému, ce soir-là, car c’était la dernière fois que je dormais ici – je m’habituais aux cahots – et elle me rappelait les cheveux de Machenka. […]

Les rails côtoient le fleuve Amour et la frontière chinoise. Je n’ai pourtant observé aucun mandarin. […]

Jour 7
[…]
Je me prépare à quitter le Transsibérien. Vladivostok sera mon terminus, en toute logique. J’aurais parcouru près d’une dizaine de milliers de kilomètres, à travers toute la Russie. Un voyage proprement inoubliable. […]

Ai vu Vladivostok ayant les pieds trempés par la mer du Japon. La boucle est bouclée.

1 : Au revoir !

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Intermédiaire XIV

24 septembre 2008 2 commentaires
– C’est vrai, il en a trouvée une sous le préau.
– Dégueu !… Elle était vivante ?
Gaëtan et Guillaume sont deux copains depuis la maternelle. Ils ont de la chance : jusqu’au collège, ils sont restés dans la même classe. La cloche vient de sonner, et c’est en bavardant qu’ils récupèrent leurs cartables, à l’abri dans les casiers.
– Ouais. Elle s’accrochait avec ses ailes, mais comme elle était mourante, elle devenait de plus en plus faible, tu vois. Et puis à la fin ce crétin l’a gardée dans son sac et il l’a tuée.
– Quel enfoiré ! Il mérite la peine de mort pour assissa… assani… pour meurtre de chauve-souris !
Ils suivent de loin un camarade de classe qui leur sert de guide malgré lui, car ils n’ont aucune idée du numéro de la salle qu’ils doivent rejoindre.
– On a quoi, déjà ? questionne Guillaume.
– 13 h 30… Histoire géo.
– Oh, purée ! Non ! Comment il m’a gonflé, la dernière fois !
– Hum, prévient Gaëtan.
– Guillaume C., encore une fois, retentit une voix de stentor, tandis que l’intéressé se fige. « Même pas encore vautré sur votre chaise que vous vous faites déjà remarquer. Allez, avancez, avant de prendre la poussière. »
Dans le brouhaha les écoliers s’assoient, sortent leur trousse et affaires. Le professeur rappelle brièvement les grandes lignes de la leçon précédente en interrogeant quelques-uns ; les deux compères sont miraculeusement épargnés. Pour un temps.
« Les Romains avaient développé un système d’acheminement de l’eau extrêmement bien conçu, afin de ravitailler les villes parfois très éloignées. Quelqu’un peut-il me donner un exemple de monument ayant besoin d’eau ? Des fontaines, d’accord… Oui ? Des thermes, très bien ! On pouvait s’y baigner en public, et le maillot de bain n’existait pas à l’époque (il éleva la voix pour inciter au silence, en finissant sa phrase), sans distinction entre riches et pauvres. Cette eau arrivait en ville par des aqueducs, de longues voies d’eau, comme le pont du Gard, aujourd’hui le plus grand pont-aqueduc de l’époque encore sur pied… »
Alors qu’il écrivait Gard au tableau, le professeur fut interrompu par un ricanement rendu sonore par contraste dans le silence soudain.
– Hennissement reconnaissable entre mille. Messire Guillaume le Conquérant, fit-il avec emphase, laissez-moi me saisir de cette occasion pour vous poser une question. Trouvez-moi au moins un mot qui finisse par « duc », comme dans aqueduc.
– Euh…
– Euduc, non. Eunuque, c’est presque bon.
– Moi, M’sieur ! Moi ! Moi ! murmurait en gigotant une gamine, le bras levé.
– J’attends, Guillaume.
– Oléoduc, M’sieur, lâche tout bas la gamine.
– Mademoiselle Morgane, puisque vous semblez aimer les interrogations, je vous en donnerai une toute personnalisée.
Guillaume tente une réponse en baissant la tête et levant timidement les yeux.
– Trouuu…
Dans l’éclat de rire général, le professeur tonne :
– Je n’en attendais pas moins de vous, Monsieur C. Vous m’apporterez votre cahier de vie à la fin de l’heure.
– M’sieur ! se récrie l’élève. C’est pas juste ! Vous m’avez piégé !
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Intermédiaire XIII

20 septembre 2008 Laisser un commentaire
Le jeune homme marchait d’un pas résolu et mesuré. Focaliser sur la mécanisation du balancement de ses jambes était le seul moyen d’évacuer les images des derniers instants et de l’inhumation de sa mère. Il n’avait plus aucune attache à Iwakuni, dans la province de Suō ; ce n’est pas pour autant qu’il renierait sa terre.

Le rōnin (1) se rendait à Osaka. L’on pouvait le croire rōnin, malgré le fait qu’il n’eût pas le crâne rasé sur le devant ; un toupet retenait ses cheveux, et une mèche tombait sur son front. L’assurance qu’il dégageait, tout en exsudant son deuil, pouvait être assimilée à de l’orgueil du fait de son jeune âge ; la longue et large épée retenue par une courroie de cuir dans son dos refermaient néanmoins quelques bouches douées en persifflage.

La première école dans laquelle il s’était exercé n’avait guère été conciliante à son égard : le style Tamita se fondait sur le maniement du sabre court ; aussi, quand il s’arma d’un sabre long, par souci de ne point imiter l’enseignement du sensei (2), ce dernier le congédia séance tenante. L’apprenti ne s’en formalisa pas, il eut au contraire la confirmation de la vision bornée des maîtres.

Il avait ensuite cherché Kanemaki Jisai ; avec plaisir sut-il que lui également avait rejeté le style Tamita. Kanemaki Jisai l’accepta, et durant quatre années s’était entraîné sans vouloir un seul instant s’épargner. Quatre années d’intense labeur, quatre années qu’il n’oublierait pas. Mais avant d’achever sa formation, sa mère l’avait rappelé, car elle se mourait.

La fierté maternelle se lisait dans ses yeux ; elle ne pouvait pas se déplacer quand il s’entraînait à terrasser des hirondelles en plein vol et fendre des branches de saule, près du pont Kintai.

Il ne pleura pas, au moment où son dernier souffle fût rendu ; il était un homme qui n’avait pas connu les atermoiements de l’adolescence ; il lui avait semblé qu’un vide venait de naître en son sein, et que l’unique voie pour apaiser ce feu dévorant n’était autre que celle du samouraï. Avant d’expirer, sa mère lui légua l’épée.

Maintenant, Sasaki Kojirō avait trois buts : se mettre au service d’un puissant daimyo (3) qui serait assez intelligent pour comprendre les ambitions du jeune rōnin qu’il recevrait ; créer sa propre école au nom du style qu’il venait d’élaborer, le style Ganryū ; devenir le plus grand samouraï du pays. Sur ce dernier point, rien ni personne ne l’en empêcherait. Mais il doutait qu’il y eût quelqu’un de sa hauteur.

1 : samouraï sans maître
2 : maître, professeur
3 : plus puissant gouverneur féodal, du XIIe siècle jusque l’ère Meiji

N.B. : Sasaki Kojirō était un guerrier historique, ayant vécu de 1585 à 1612. Son grand rival, tout aussi réel mais néanmoins légendaire, Miyamoto Musashi, le tua lors d’un duel. Les deux personnages se démarquèrent par leur façon d’utiliser les sabres : Kojirō utilisait une lame de 90 centimètres, exceptionnellement longue, tandis que Musashi se battait avec deux sabres. Kojirō possédait une technique propre appelé Tsubame Gaeshi, soit « imiter le mouvement d’une hirondelle ».
Aujourd’hui, il existe une statue de Sasaki Kojirō à Iwakuni, ainsi qu’un pont construit alors spécialement pour le passage des samouraïs ! Mais il fut bâti en 1674, c’est-à-dire bien après la date supposée de cet Intermédiaire ; autant éviter les anachronismes trop évidents.
Pour plonger au cœur de l’histoire de Miyamoto Musashi et de cette époque japonaise, lire Musashi, en deux parties intitulées La Pierre et le Sabre suivi de La Parfaite Lumière, de Eiji Yoshikawa. C’est cependant une histoire bien plus romancée que ce qu’il s’est vraiment passé, mais ça vaut son pesant de noix de cajou.
Dédicacé à Ronan.

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Intermédiaire XII

17 septembre 2008 Laisser un commentaire
La piste de bitume, creusée sur ses deux bas-côtés, avait à peine la largeur adéquate à une circulation de front pour deux vélos. La plaine était recouverte d’une végétation rase, accentuant le sentiment de solitude. Le vent chargé du sel marin s’exprimait en fouettant, par bourrasques brèves, tandis qu’il baffait plus violemment les cumulus gris, les accompagnant au large, et révélant une voûte céleste d’un bleu sombre.

Francesca, jeune italienne née à Gênes, était en train de marcher sur cette piste, située sur la grande île volcanique perdue au milieu de l’Atlantique-Nord. Alors que ces camarades des bancs universitaires préféraient voyager en Irlande, en Écosse ou en Allemagne, tergiversant jusqu’au dernier moment, quitte à débourser au-delà du raisonnable, Francesca, elle, avait tenu avec une tranquillité quelque peu désarmante à poser ses valises en Islande, un voyage prévu de longue date.

Depuis toute petite elle était passionnée par tout ce qui touchait aux pays scandinaves, de près ou de loin ; histoires, langues, gastronomies, etc. Un goût si prononcé pour une culture si éloignée géographiquement, de surcroît pour une latine, avait à maintes fois attisé la curiosité d’autrui. Selon elle, et sa mère corroborait sa version, l’explication se résumait en la rencontre avec un livre qui avait conçu une nouvelle naissance chez la fillette, une naissance intellectuelle ; ce livre avait été écrit par Selma Lagerlöf et s’intitulait « Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède ». Voyager sur une oie, il était impossible pour elle de dénombrer la quantité de rêves que cela lui avait inspirée.

Un an auparavant, Francesca avait effectué un tirage au sort pour désigner le premier pays nordique qu’elle parcourrait ; le billet « Islande » avait jailli du chapeau. Elle s’extasia tout de suite sur ses chances d’assister à une éruption volcanique en pleine nuit ; les nombreuses photos qu’elle en avait vues provoquèrent plusieurs soupirs d’impatience.

La pancarte affichait « Brúin milli heimsálfa », ce qui signifiait « pont entre deux continents » ; elle touchait au but de son après-midi. Le sable noir remplaçait peu à peu la flore pauvre de la péninsule de Reykjánes. Le pont sobre, planché et métallique, apparut devant elle ; le symbolique Miðlína brúin.

Elle s’y arrêta en plein milieu, à cheval entre la plaque européenne et la plaque américaine. Elle observa le rift exposé ici au soleil, les nuages qui galopaient ; Francesca s’y sentait bien ; quelques pas et elle franchissait ce qui équivalait à un immense océan, plus au sud.

« Mine de rien, l’homme apprend, se dit-elle. Là où il nécessitait une caravelle, il lui faut maintenant comprendre sa planète pour atteindre un autre continent. »

N.B. : pour saisir l’ironie du texte, il faut savoir que Christophe Colomb était Gênois.

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Intermédiaire XI

13 septembre 2008 2 commentaires
– Cette goélette me fait remettre en mémoire le poème L’Albatros de Baudelaire.
– Ça ne me dit rien.
– Baudelaire ? Tu n’as pas étudié « Les Fleurs du mal » en classe ? Fantastique recueil de poésie, doublée d’une censure, à l’époque de sa parution.
– Bien sûr que je connais Baudelaire, mais de là à connaître l’intégralité de ses œuvres…
– Eh bien L’Albatros est un classique, tu devrais le lire. Le premier quatrain décrit l’oiseau dans les airs, c’est-à-dire dans son élément ; le deuxième nous le montre sur le pont du bateau, désarçonné et malhabile ; le suivant voit l’albatros être humilié par l’équipage, tandis que dans le dernier quatrain l’auteur – le Poète – se compare au volatile.
– Et pour quelles raisons Baudelaire se comparerait-il à un albatros ?
– Ils sont tous les deux des maîtres dans leur domaine respectif, le ciel et la poésie, mais une fois à terre ou en dehors de leur milieu naturel (entre guillemets, naturel), ils se retrouvent à la merci de n’importe quel bougre d’âne. Audacieux, non ?
– Oui, sans aucun doute. Je lirai ce poème. Apprendre de nouvelles choses aide à devenir humble, j’ai tendance à le croire.
– Et je te remercie de m’avoir embarqué avec toi au Musée de la Marine, c’est réellement un endroit chargé d’Histoire, et j’adore ça !
– Je t’en prie. Oh ! Viens voir cette maquette ! C’est celle de la frégate La Muiron. Ça te tente, une petite leçon d’histoire ?
– Avec plaisir.
– Napoléon Ier a utilisé la frégate grandeur nature pour rentrer en France, après la Campagne d’Égypte, en 1799. Elle lui a porté chance car elle lui a permis d’éviter les Anglais en Méditerranée. Depuis lors, il lui a vouée un vrai culte, et quelques années plus tard il commanda la fabrication d’une maquette de La Muiron. Regarde-moi cette œuvre, d’une exécution d’une finesse…
– Mais pourquoi un tel traitement de faveur ?
– Lors de la bataille du Pont d’Arcole, Jean-Baptiste Muiron, aide de camp du général Bonaparte, s’était jeté en travers de son supérieur pour protéger son supérieur, à qui la balle était destinée. Muiron en est mort. Tu peux comprendre que La Muiron devienne spéciale aux yeux de Bonaparte.
– Oui, je vois. Napoléon… Je pense que cet homme-là, tu l’amputes de son pouvoir, il n’a plus de raison d’être.
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Intermédiaire X

10 septembre 2008 Laisser un commentaire
– Ouh ! C’est lourd !
– Pour bâtir quelque chose de grand, tu ne dois pas ménager ta peine, lui objecta le fermier.
– Encore merci, M’sieur !
L’exploitant regarda s’éloigner le petit garçon, le sourire et les yeux dans le vague.

Martial, dix ans, haut comme trois pommes et un abricot. Il passait l’été chez ses grand-parents, et comme chaque année, revoyait sa grande copine Sabine, avec qui il partageait les plus grandes aventures. Leur aire de jeu s’étendait loin tout autour des propriétés ; seul le franchissement du large cours d’eau ne leur était pas permis. A cet âge-là, soit l’on respecte l’interdit sans broncher, soit l’on ourdit un complot dans le plus grand secret.

Sabine dut partir trois jours pour revoir ses cousins ou des tatas, il ne savait plus ; ce qu’il savait, par contre, c’est que pendant ces trois jours, il allait s’ennuyer à mourir et devenir intenable pour son entourage ; encore fallait-il qu’il en eût conscience.

Sabine, le matin de son départ, lui avait alors dit :
« J’ai une idée. Et si tu fabriquais un pont pour traverser le ruisseau ? Comme ça je pourrais traverser sans être mouillée, comme une princesse ! »

Martial avait distraitement écouté la fin de la phrase (« Quelle princesse ? »), car l’idée du pont l’avait tout de suite mis des puces dans les jambes. Sabine partie, il avait immédiatement commencé son ouvrage.

Peu après le déjeuner du troisième jour, il s’était précipité chez le fermier du coin, qui lui avait généreusement donné une palette, qui constituerait le dernier élément de l’édifice. Martial l’avait traînée sur un kilomètre et demi, affrontant ronces et orties, et maintenant il la déposait entre la grosse planche et la terre du rivage, cérémonieusement. Une fois bien calée, le visage illuminé d’une satisfaction légitime, Martial s’arma de patience, pour la raison qu’il attendrait le retour de Sabine pour fouler ensemble la terra incognita.

Il revint au milieu du pont, solide sur ses fondations de briques, et mima un agent de la circulation : « Non Monsieur, s’il vous plaît, on ne peut pas traverser, l’inauguration n’a pas encore eu lieu. »

Il s’interrompit lorsqu’il vit en face de lui (le ruisseau s’élargissait en une large mare d’eau tranquille) un éclair bleu plonger dans l’eau et en ressortir très vite. Il s’agissait d’un martin pêcheur tout à son affaire alimentaire, mais Martial l’ignorait. Émerveillé, il resta un long moment à admirer ce spectacle.

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Une aventure de la Grumch et Daisy #9

8 septembre 2008 3 commentaires

Comme tous les soirs, la Grumch* patrouille dans les rues de Pleug’** avec Daisy, son corniaud mi-griffon mi-poisson pané (je vous mets au défi d’y trouver une arête).

Aujourd’hui, l’évadée belle.
Marine, jeune demoiselle de sept ans, voisine estivale à l’Île-Tudy, adore accompagner la Grumch et Daisy dans leurs périples. Immense privilège qui lui est accordée : elle peut tenir Daisy en laisse. La Grumch la couve d’un œil averti mais bienveillant.
La chienne, de par son sang griffon, tout excitée par l’odeur du gibier qui foisonne dans la végétation environnante, brutalise la petite fille en exerçant une forte pression sur la laisse.
« Une fois, Daisy et moi avons vu un chevreuil dans les bois. Tu vois qui est Bambi ? Eh bien c’est le même. Et le même soir, un renard nous est passés devant, comme ça, tranquillement, en trottant, à vingt mètres devant nous ! J’ai raté une belle photo. »
« Dans Bambi, celui qui m’fait rigoler, c’est Pan-Pan ! »
Attentive à ce que la Grumch raconte, Marine détend un peu l’emprise sur la anse ; débusquant un lapin, Daisy bondit soudain après lui ; la petite lâche un cri et la laisse.
La chienne a poursuivi sa proie dans les ajoncs accrochés à la dune, et Marine, les poings recroquevillés sur la poitrine s’immobilise face aux fleurs jaune d’or serties de piquants redoutables. Au regard suppliant la Grumch rassure :
« Ce n’est pas grave, nous allons la retrouver. Daisy ! Reviens ici tout d’suite !… Écoute, on l’entend fouiner. Par là ! »
La laisse s’est prise autour des troncs des arbustes touffus, dans la chasse effrénée de Daisy. La Grumch la ramène à elle et la gronde (« Vilaine fille ! »), et console Marine, qui restait silencieuse ; la gamine rassérénée ne tarde pas à retrouver sa joie enfantine.
Et c’est pourquoi, depuis cette promenade, mon aïeule rumine de moins en moins dans le vide.

* interprète le rôle de la Mamm Gozh dans « Bienvenue chez les Breizhoù »
** est mutée à l’Île-Tudy en été

Kenavo ar wech all !

Catégories :La Grumch et Daisy