– C’est magnifique.
Je m’arrête et me retourne.
– Quoi donc ?
– Le spectacle que la nature peut nous offrir.
L’homme qui me parle est un habitant de mon quartier. Alors que je remontais la pente de ma rue, il avait soudainement débouché d’une maison avoisinante, pour s’immobiliser sur la route, fixant quelque chose en l’air.
– A quoi vous faites allusion ? fis-je, gagné par la curiosité et saisissant l’occasion de pouvoir discuter avec lui.
– Regarde là-haut.
Je lève la tête vers sa maison (il sortait de chez un de ses amis), mais ne vois rien ; plutôt, ne vois pas ce qu’il souhaite me montrer.
– Il y a un nid d’hirondelles sous le rebord du toit.
– Ah oui, exact.
– Elles sont venues et ont essayé à plusieurs endroits d’en construire un. On aperçoit les marques sur le mur.
La façade en crépi blanc laissait apparaître les tentatives de nidification, à même hauteur que celui finalement édifié. J’avais dans l’idée qu’à l’avenir, il n’essayerait pas de les effacer.
– Elles ont mis plus d’un mois pour le faire ; elles se sont accrochées, petit à petit, pour le monter. J’ignore avec quoi. (Après une courte pause 🙂 Tu sais, on dit qu’une maison qui abrite un nid d’hirondelles, c’est qu’on y est heureux. Alors chez moi, on doit être heureux, pour l’avoir recueilli !
Il me souriait. Je lui rendis la pareille. Il ne payait pas de mine : vêtu d’une veste beige et d’un béret, portant une moustache ou une brosse de poils de nez antédiluviens (ma mémoire photographique s’embrouille), le tarin en trompette écrasée et la face rougeaude, les pommettes et le ventre ronds. Son haleine avinée facilitait l’élocution.
– Et ce qui est beau, c’est d’observer les allers-retours des parents pour donner à manger aux petits. Il y a deux oisillons ; j’ai regardé par la fenêtre. Et qu’est-ce qu’ils sont volaces, les parents !
– J’ai remarqué que les hirondelles ne se posaient jamais à terre ; en tout cas je n’en ai pas vues le faire.
– Oui, c’est vrai ! Elles volent au ras du sol et des champs, ramassent pleins d’insectes et les ramènent… Véloces, pas volaces. Oh ! Ça y est !
Une hirondelle, se déplaçant très vite, remonta à la verticale jusque l’ouverture, distribua la récolte en à peine une seconde et repartit, en lançant des cris stridents.
– C’est magnifique.
– J’avais vu un reportage qui passait sur la 5, et qui filmait des types dans une grotte au Brésil ramassant des nids d’oiseaux à plus de 60 mètres de hauteur ! En fait les nids entraient dans la composition de plats et se vendaient à un tarif aussi élevé que le cours de l’argent !
Ah ! Moi et ma grande g… mon grand bec.
– C’est interdit par la loi d’enlever les nids d’hirondelle. Je me suis renseigné : 15 000 € d’amende et quelques mois au frais.
– Ça fait mal.
– Ce sont des oiseaux protégés. 15 000 € et des mois de prison.
– J’en ai vu deux, des nids, sur les nouveaux logements, en face de l’école maternelle des curés.
– T’as raison ! J’les ai vus aussi. Eh bien les locataires n’ont pas intérêt de les toucher !
Visiblement ému, le visage illuminé, il ajoute :
– Et ce qui me fait le plus plaisir, par dessus tout, c’est qu’elles reviendront à ce nid l’année prochaine, et les années suivantes, après leur voyage d’hiver en Afrique.
Dans la lumière du jour finissant, un ciel dégagé de tout importun nuageux offrait ses espaces sans limites. L’hirondelle revint, chargée de victuailles pour ses petits, et une nouvelle fois retourna virevolter, en chasse.
– Pas à dire, c’est beau.

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Catégories :La Nature
  1. Anonymous
    5 août 2008 à 17:00

    Ce texte est très beau. Tu t’es surpassé! Il est vrai que les plus jolies hitoires nous sont inspirées par la nature. :o)Sandra.

  2. Yohann
    5 août 2008 à 17:28

    Merci ! :o)

  3. @neso
    5 août 2008 à 20:31

    *Joli texte!J’adore la nature, et ce qu’elle a le pouvoir de nous inspirer…

  4. Yohann
    6 août 2008 à 10:24

    Merci ! :o)

  5. Gauvain
    6 août 2008 à 12:43

    Moâ, gemme pa la natur é gemme pa non pu coman té cri. Alor, tu va mdir merci oci ?Signai : Grocon

  6. Yohann
    6 août 2008 à 14:05

    Merci ! :oD

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