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Archive for mars 2008

Préavis

Moi, Yohann, après d’innombrables réflexions sur l’absurdité de la nature humaine se caractérisant par :

– la faim dans le monde,
– la manipulation génétique du vivant à des fins mercantilistes,
– les guerres religieuses dans le but d’instaurer un universalisme de pensée,
– la loi de rétention de sûreté,
– les Anglais,
Big Brother is watching you, et toutes les mesures restrictives de liberté au profit d’une pseudo sécurité,
– la publicité,
– la télévision,
– l’impunité et l’immoralité (pléonasme) des banques et du monde des affaires,
– la déforestation massive pour fabriquer des cure-dents,
– les connivences élites/médias/politiques/économiques et l’hypocrisie cynique qui en découle lorsqu’il s’agit de s’adresser au reste,
– la justice à deux vitesses,
– l’art contemporain,
– la glorification des sportifs, encourageant le dopage,
– les violences faites aux femmes (excision, tournante, burqa et j’en passe),

ai décidé de faire la grève des blagues du 1er avril, vingt-quatre heures durant.
Tenez-le pour dit.

Pourquoi les blondes coupent leurs vêtements à carreaux avant de les laver ?
Parce que sur l’étiquette, il est écrit Laver les couleurs séparément.
X’D

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Élections municipales 2008 – 2/2

Le réveil sonne à sept heures, une nouvelle fois.

J’ai toujours un peu de mal à m’extirper du lit, mais les deux semaines passées m’ont inculqué un rythme de sommeil me permettant d’être plus frais plus tôt.

J’arrive à l’heure à la salle socioculturelle. Cette fois, on m’a déplacé au bureau numéro un, celui dans lequel je vote et donc duquel je saluerai nombre de connaissances (et verrai des personnes honnies). J’en avais fait la demande la semaine dernière, sur quoi on m’avait répondu que l’on ne choisissait pas sa place. Présentement, j’ai du mal à croire à une coïncidence.

Une jolie jeune femme (différente de celle repérée la semaine passée), brune également, est là, attendant derrière le bureau. Tandis que je m’interroge sur son identité, je lui claque une bise : intimidée mais sourire aux lèvres. Discrètement, je parcours la feuille de présence et ne trouve pas son nom.

Mes horaires changent également : de huit à dix, de midi à quatorze et de seize à la fermeture.

« Ça te convient ? me fait la maire, présidente de mon bureau. De toute façon, il faut tourner par rapport à dimanche dernier. » Je lui réponds que cela m’importe peu, du moment que je participe. Parce que je suis volontaire, n’en doutez pas. Ma démarche s’inscrit dans la curiosité et l’engagement. Je souhaite connaître les rouages politiques de ma ville. On m’avait dit qu’il n’existait pas de politique à l’échelle de Plugu’ ; il m’arrive d’être naïf, pas à ce point. La politique se joue à tout niveau d’une échelle, cette commune incluse, partant du postulat que la politique est inhérente à l’Homme. Qu’est-ce qu’ils veulent ? Me préserver ? Je n’ai aucun doute aussi que le fait d’être en poste à un bureau m’expose d’une part, me fait entrer d’office dans les calculs d’héritage du mandat qui débute, d’autre part (certains conseillers réélus ont clairement exprimé leur velléité de quitter leur poste avant les prochaines élections communales). La suite me donnera raison.

Mon poste change également, je suis celui à qui l’on tend sa carte d’électeur. La charmante brunette sort de l’isoloir et s’avance vers moi, carte en main. Je peux savoir enfin qui elle est (il y a quelques bons côtés à être assesseur). Je lis à haute voix le numéro de votant, on me donne le nom trouvé dans le cahier de signatures et s’ils correspondent, je déclare qu’il ou elle peut voter.

Je n’ai pas compté le nombre de fois où l’on m’a tendu son enveloppe au lieu de sa carte.

Les deux premières heures furent tranquilles. J’eus même le temps de voter. Enveloppe en main, je dépose la carte d’électeur sur la table, puis m’assieds. « Bonjour Monsieur », et le bureau d’éclater de rire. Je repasse devant l’urne et vote, dans la bonne humeur.

A dix heures je me fais remplacer. Je passe dans la cuisine et me goinfre de croissants et pains au chocolat, arrosés de jus de fruits. Le plus jeune de la liste d’opposition, vêtu exactement de la même manière que le précédent week-end (à l’exception des sous-vêtements que je me garderais d’évaluer) semble mal à l’aise à discuter avec les hommes mûrs l’environnant, tandis que je n’ai aucun souci à aborder les sujets de conversation en cours. Il me donne l’occasion d’analyser son comportement. La tête de liste de son camp l’a contacté car il y avait défection des fortes personnalités de l’opposition. Les tensions entre gens de droite avaient miné la campagne de celle-ci au point d’avoir mangé à tous les râteliers (comme Kevin qui se vit proposer une place sur la liste du maire sortant de Pont-l’Abbé, proposition refusée).

Le voici donc en ma présence, molle poignée de main et costume trop grand, qui dissimule son manque d’aisance, grignotant du bout des lèvres un croissant. Bien qu’il soit un adversaire, je souris intérieurement aux débuts de ce garçon, encouragé par une relève jeune. Je n’ai pas honte de dire qu’il eût plus de courage que moi, s’étant présenté sur une liste, subissant un fantastique baptême du feu malencontreusement (de son point de vue) terminé. Il m’a l’air franchement dépassé. Tout nouveau soit-il, je n’éprouve pas une once de pitié pour lui.

Je me suis assis un peu à l’écart pour lire. C’est un autre classique de la littérature russe, Anna Karénine de Tolstoï, que je viens d’entamer. La maire s’approche de moi et me demande ce que je lis. Je lui montre, elle remue de la tête en approuvant, et lâche un commentaire du genre qu’elle ne se risquerait jamais à plonger dans ce genre de littérature. Je lui rétorque que c’est limpide et facile à lire. Voilà bien un préjugé qui m’agace : plus le livre est volumineux, plus il apparaîtra indigeste. L’épaisseur n’a pas empêché Les Bienveillantes d’être un succès.

De midi à deux heures, plus grosse affluence de la journée, du moins dans notre bureau.

Puis nous partons déjeuner, même restaurant, pas tout à fait les mêmes personnes. A table, je suis entouré de conseillers fraîchement élus. Mon voisin de droite, un homme âgé, barbu, volubile et voulant convaincre de chacune de ses paroles, assaille de détails sur la conception kanake de la famille. J’écartais mon verre de sa zone d’éructation, de peur qu’il dilue le vin de ses postillons. Entre visions de jolies kanakes et vue sur le tarmac, il n’y avait pas photo, quoiqu’à la longue il m’ennuyât.

Un de mes anciens instituteurs déjeunait non loin de moi ; je pus écouter sa conversation animée ; il est connu pour être un chroniqueur régulier dans le Plugüen Mag’ (le journal municipal, si vous préférez) au sujet du pays Glazig et plus particulièrement Plugu’. Bien que conscient de l’attention que je lui portais, il fit mine de ne pas s’en apercevoir ; une seule fois nos regards se croisèrent par mégarde, qu’il détourna bien vite. Je ne lui en veux plus d’avoir recommandé un redoublement à mon encontre (totalement immérité) à la fin de l’année de CM1 ; j’étais le seul qu’il intéressait sur l’astronomie, or lui préférait enseigner aux filles. Pourtant, il m’autorisait à feuilleter ses Ciel et Espace. Je me souviens encore de l’observation des taches solaires à l’aide d’une lunette et d’une feuille blanche, dans la cour d’école…

Sa discussion avait glissé sur l’horizon orientale et les flashs lumineux des éoliennes visibles la nuit jusque dans mon quartier (car nous habitons le même quartier). A la fin du repas, trois hommes dont lui s’étaient approchés de la baie vitrée et donnaient des repères pour localiser les éoliennes. Je m’approchai aussi, regardai et les trouvai. On en distinguait deux, moi quatre.

« J’en vois quatre. »

« Toi aussi tu en vois quatre ? » de sa voix passionnée, un peu distant.

« Oui » fis-je, léger sourire, léger serrement au cœur.

Après cela, nous retournâmes à la salle ; la maire avait pris ma chaise et ma fonction d’assesseur. Au vote, ma grand-mère fut suivie de quelques minutes par ma mère, toujours dans les derniers à remplir son devoir civique.

La fermeture des bureaux à dix-huit heures scelle l’élection. Le vice-président du bureau, me voyant m’éloigner, me rattrape et me demande de participer au bon déroulement du dépouillement ; j’accepte. Je n’acquerrai que plus d’expérience.

Après avoir recompté les enveloppes dix à dix et les avoir regroupées par cent, le dépouillement peut commencer. Me voilà à surveiller une table avec la femme d’un conseiller réélu, dont la fille fut dans ma classe en primaire, et une panique qui s’empare de moi. En effet, pas du tout informé des règles et dans l’ignorance des procédures à respecter en cas de triche à coup de chaussette ou de tout autre emm…bêtement, je m’attends à être pris de court à chaque instant ; c’était sans connaître la réactivité de ma collègue et l’habitude des dépouilleurs.

Nous fûmes la plus rapide des tables ; j’apportai la dernière enveloppe de deux bulletins que je départageai solennellement pour chaque bout de table, ce qui fit rire les dépouilleurs malgré le contexte. Ces deux bulletins-là entrèrent dans l’escarcelle de la maire. Plus les décomptes avançaient, plus les résultats se resserraient entre les deux candidats, ce qui n’était pas bon signe ; les résultats de l’urne du bureau numéro un étant à l’ordinaire largement favorable à la liste sortante, et surtout contenant les votes des résidents du propre quartier de la maire.

Peu après vingt heures, tout était terminé. Pas de panachage, un choix limité à deux personnes : ce fut rapidement exécuté. Je suis en face de la tribune, je discute avec ma collègue de tout et de rien, de rumeurs des autres bureaux pas très rassurantes.

La voix de la maire s’échappe des haut-parleurs. Fausse alerte, les résultats ne sont pas complets. Après des tripatouillages sur l’ordinateur, la maire annonce :

« Voici les résultats. Nombre d’inscrits : […]. Nombre de suffrages exprimés : mille neuf cents [et quelques]. Pour les candidats : [nom de la maire], huit cents [et quelques]…

Dès que j’ai entendu huit cents, j’ai tourné la tête avec une grimace. La maire n’était donc pas réélue, et avait même obtenu moins de voix qu’au premier tour. Des applaudissements éclatent de toutes parts pour le vainqueur de l’opposition, hilare et réjoui comme un gosse. La maire amère continue :

« Je voudrais ici remercier les personnes qui ont voté pour moi, mon équipe qui a largement été réélue, ce qui veut bien dire que mon action pour la commune était légitime et reconnue de nombreuses personnes. » D’autres applaudissements retentissent, qui durent. La maire a le regard vide, affiche un petit sourire sans conviction.

« Par contre je ne remercie pas les cinq-six personnes qui s’en sont allés dès l’annonce de ma défaite, les créateurs de La Feuille de houx… » Les soudaines et forcées réactions indignées se transforment en huées et lazzis, mélangés à des applaudissements. L’intervention est de trop, à mon goût.

L’opposition saute de joie à enfoncer le couteau dans la plaie, désireux d’occulter leurs propres divisions ; c’est de bonne guerre. Le winner de la soirée n’en peut plus de montrer ses dents et sa bobine souriante, de serrer des mains, de digérer les compliments, d’avoir décapiter un groupe. L’assesseur pète-sec de la semaine dernière tente de faire participer un gamin à l’enthousiasme général ; elle paraît d’ordinaire si peu encline à l’humour que son entreprise échoue. Ma collègue est atterrée, surtout parce que la défaite propulse son mari en position de favori pour le poste de maire, celui-ci ayant recueilli le plus de voix au premier tour.

La foule s’éparpille, les groupes de même sensibilité se forment. L’annonce d’un buffet retentit au-dessus du brouhaha des discussions. Un nouveau conseiller me rejoint avec la mère d’un ami ; celle-ci raconte :

« Je suis encore outrée de ce que [nom de l’opposant] avait dit à [nom de la maire] la semaine dernière, après les résultats ! « Ce n’est pas notre faute s’il te manque une voix. » C’est la meilleure ! Faut pas pousser ! »

Je distribue des boissons. A une dame (toujours femme de conseiller) que je connais, je propose un Caco-Calo®.

« Non merci… (Réfléchissant) Oh et puis oui, tiens. Donne-moi un. (Elle lance à la cantonade) Je bois un Caco en l’honneur des cons et de l’Amérique de Bouche, et puis merde ! (Et, se rapprochant de moi) Tu sais des Caco-Calo®, j’en bois trois par an, je n’aime pas beaucoup ça, alors je peux me permettre d’en boire un ce soir. (Sérieuse) Je t’avais dit la semaine dernière que des événements électoraux comme ça, on n’en vit qu’une seule fois dans sa vie. C’est une grande leçon politique ! »

Élections municipales 2008 – 1/2

23 mars 2008 2 commentaires

Le réveil sonne à sept heures.

Aussi loin que je m’en souvienne, jamais je ne me suis levé volontairement à cette heure un dimanche. C’est pour ça que je somnole encore une vingtaine de minutes, puis m’extraie bien difficilement du lit.

Faut-il le préciser, je ne suis pas du matin.

Sorti de la maison, je remonte la rue ; dans le ciel blafard résonnent les huit coups de cloche. Je serai en retard de deux minutes.

Je me suis engagé à tenir un bureau de vote ; autant commencer par le début. Ma carte électorale était encore certifiée de Melun en décembre, sur quoi la matrone me fit la remarque, fort juste, que pour être assesseur il fallait pouvoir élire dans sa commune. Je m’étais donc déplacé pour être recensé électoralement un après-midi de 31 décembre, peu avant la fermeture.

On m’a affecté au bureau numéro deux. La veille, un conseiller est venu nous fournir la feuille pour que l’on sache où nous serions placés (ma mère fut au dépouillement des cantonales). Je salue quelques connaissances, le président du bureau me montre à quelles plages horaires je devrai assurer le service : de dix à midi, puis de quatorze à seize heures.

« Pas trop dégueu », pensai-je.

Sur ce, je vais faire mon devoir civique. En premier lieu, puisque j’y suis, les municipales : comme de nombreuses personnes dans la journée, j’irai dans le mauvais bureau, selon un ordre absurde de ceux-ci. Le dernier bureau est dans l’alignement de l’entrée, et en toute logique, les gens se dirigeront vers celui-ci, croyant aller voter dans le premier bureau.

Après un moment de recherche, on me signale que je me suis trompé de bureau, tandis que l’assesseur profite de sa découverte pour vouer aux gémonies l’organisation hasardeuse de la mairie. Connaissant l’individu, je peux vous affirmer qu’il aurait mieux valu qu’il s’occupe de donner à ses gosses une meilleure éducation, plutôt que de pester sur une erreur organisationnelle.

Je file aux cantonales. L’élection a pris place dans la grande salle de sport, où les participants se gèleront les gros orteils toute la journée. Je rencontre un ancien collègue de Ju-jitsu qui me raconte ses déboires entre le nouveau maître du dojo et ses fistons, devenus malades à force de brimades. Depuis, ils ont quitté l’activité, bien que la salle soit neuve et rencontre du succès. Les abrutis se croisent à chaque coin de rue.

Pas d’activité avant dix heures. Je pose quelques questions à mon président de bureau, que j’ai l’air d’ennuyer (il joue sa place au conseil municipal) ; j’apprends l’enchaînement d’un vote ; je lis « Crime et châtiment » de Dostoïevski ; je bavarde avec des connaissances qui me remercient de ma participation ; je remarque une brune inconnue au bureau d’à côté… J’avais fait part de mon souhait au président de tenir l’urne, finalement j’échouerai en bout de table à tenir le cahier de signatures. L’assesseur recevant la carte m’indique le numéro, ou le nom à défaut, et je répète le nom inscrit : sans cela, pas de vote.

De dix à douze, nous avons des trois bureaux la plus forte affluence de la journée. Tu parles d’un cadeau. J’avais pris le coup de main en peu de temps, donc ce n’était pas faute d’une certaine lenteur (que vous m’imputeriez, n’est-ce pas ?!) qui est en cause, mais le nombre soudain de votants. L’effet après-messe ? Cela restera un mystère à mes yeux.

Les dénominations pour les assesseurs sont partagés entre les listes et complétés par des volontaires, dont je faisais partie. Assis à côté d’une dame présente sur la liste d’opposition, l’accueil froid et hautain qu’elle me délivre me l’a fait vite classer parmi les mal-baisées. Analysant son naturel militaro-réglementaire (inspiré de MAM, à n’en point douter), je tente tout de même d’être conciliant, mais un épisode anéantit toute chance minime de rabibochage. Un électeur qu’elle connaît arrive, salue l’ensemble du bureau et des gens à côté, après avoir voté. N’ayant pas rendu sa carte d’électeur, elle attend, papier dans la main, qu’il revienne à elle. Lui discute juste à ma droite, je n’aurais qu’à la lui tendre. Partant de cette bonne intention, je fais mine de vouloir faire passer le témoin : bref regard glacial, maintien droit et lèvres pincées. Blanc-bec contre pète-sec. De sa malpolitesse je ne lui renverrai que des doigts d’honneur silencieux pendant la journée.

Puis, à midi, calme plat. Je me fais remplacer et je pars déjeuner, gratuitement cela va sans dire, au restaurant de l’aéroport. Une connaissance tient le bar et y sert ; je fais un brin de causette en grignotant des cacahouètes.

Étant à jeun, l’apéritif m’atteint rapidement. Le blanc et le rouge-qui-tache n’arrangeront pas les choses. Repas marin, ma foi très bon. Mes voisins et moi parlâmes de l’Inde, du corps ne suivant que de loin en loin la jeunesse intellectuelle (le corps en vieillissant ne conserve pas la même fraîcheur que l’esprit), de boîtes pharmaceutiques en déclin…

Je vide ma tasse de thé et un verre de rouge, et nous repartons. A quatorze heures, je reprends mon rôle d’assesseur, un brin décontracté. Le temps s’écoule, je dégrise.

A seize heures, j’ai terminé ma journée ; j’avais décidé de rester, néanmoins. Assis à l’écart, je continue ma lecture de « Crime et châtiment » ; le passage où Raskolnikov explique son article décrivant l’autorité supérieure de certains hommes sur le reste de l’humanité, ces hommes pouvant perpétrer des crimes que l’on passera sous silence car contribuant à une amélioration générale de l’ensemble des hommes. Appréciation que je ne partage pas : même si cela se base sur une volonté et prétextant une avancée globale, l’idée proviendra toujours d’un individu agissant au nom d’une population, si petite soit-elle. L’individualité qui écrase un groupe d’individualités. Ce que je ne peux accepter.

Une phrase de la fin de l’exposé du personnage principal (ou de Porphyre, je n’ai pas le texte sous les yeux) retient mon attention, d’autant plus qu’elle apparaît en français dans l’édition originale russe : Vive la guerre éternelle. Je pense que je l’utiliserai plus tard…

A l’approche de la fermeture des bureaux, la tension monte, les personnalités se crispent, sur des visages souriants l’anxiété se dégage de certains regards. D’autres paraissent confiants et répriment leur angoisse en riant et bavardant un peu trop fort.

Les bureaux sont désormais fermés, les tables de dépouillement sortent du parquet. Une ville comme Plugu’ contient moins de 3500 habitants, ce qui signifie le panachage, c’est-à-dire la possibilité de rayer des noms sur les deux listes, d’en rajouter, le tout sans dépasser vingt-trois conseillers. Le dépouillement promet d’être long et rude, éprouvant pour les nerfs. Je suis avec un ami (que j’ai vu mugissant au berceau et qui aujourd’hui me dépasse quasiment d’une tête) pour discuter des résultats et tenter de glaner des tendances, maintenant que je n’ai plus accès à la tribune des résultats.

Au bout d’une heure, m’apercevant qu’on était loin de voir la fin, je rentre chez moi casser la croûte et décompresser un peu. Mon père indigné m’apprend que la procuration de mon frère n’a pu être acceptée car périmée depuis début février. Un ami me contacte sur Messenger et me raconte les élections en Corse, animées par quelques rafales en l’air de kalachnikov. Ambiance.

Vers vingt heures je retourne à la salle socioculturelle. Pas grand-chose de neuf. Un conseiller en campagne avec qui j’ai sympathisé me fait part d’une raclée envers l’équipe sortante dans le troisième bureau.

Le temps passe lentement à regarder la méticulosité administrative des personnes dépouillant les bulletins. La maire parcourt la salle en jetant des regards fébriles aux feuilles récapitulatives des votes. Ce visage tendu ne m’augure rien de bon.

Aux environs de vingt-deux heures, la dernière enveloppe de cent bulletins du bureau numéro un déverse son contenu. Mon ami à côté de moi, nous nous moquons discrètement du plus jeune candidat de l’opposition habillé chic : « Ne manque plus que le rouge à son nez et des pompons à ses chaussures pour voir un clown ! » En face de nous, trois femmes d’âge mur et de forte taille scrutent le moindre geste effectué sur la table de dépouillement. Les listes complètes sont mises d’un côté, valeurs sûres dans le décompte final, comparées aux bulletins panachés. Un assesseur recompte les bulletins sans raturage de la liste sortant, puis s’attaque aux enveloppes particulières. Tout à coup :

« Je crois que j’ai vu un nom rayé ! »

C’est une des trois triplettes de Belleville qui baragouine. J’ignorais que l’on pouvait ainsi se permettre d’intervenir. Cependant que l’assesseur vérifie une nouvelle fois la pile de la liste sortante non panachée, la femme s’explique avec force gesticulation, s’excusant par avance si elle a tort. Une légère lassitude se remarque sur les faces des assesseurs, suffisamment oppressés par un public en nombre, curieux et attentif.

« Ah oui, effectivement. »

Un bulletin sort avec seulement le nom de la maire rayé.

Mon ami me glisse à l’oreille : « C’est dégueulasse, y’a juste elle qui est rayée. »

Tout est terminé. Des essais micro annoncent l’imminence de la proclamation des résultats. Je me déplace avec mon ami sur la gauche de la scène, pour éviter d’être à proximité de l’opposition. Quelques longues minutes s’égrènent, je lance des vannes en compagnie de connaissances. La nouvelle que vingt-deux conseillers sortants sur vingt-trois sont élus dès le premier tour parvient à nous. La voix de la maire se fait alors entendre ; je l’examine, elle affiche un air contrit.

« Je vais donc proclamer les résultats. Nombre de votants : 2622. Nombre de votants ayant participé au vote : 2008. Nombre de blancs ou nuls : 96. Nombre de suffrages exprimés : 1912. Majorité de voix requise : 956. Majorité de voix pour être élu : 957. Voici la liste des candidats et de leurs suffrages : [nom de la maire] 956 ; …

La maire n’est pas réélue, il lui manque une voix pour obtenir la majorité absolue !

Les vingt-deux autres conseillers de sa liste gardent ou trouvent un siège, la maire est désavouée. La liste d’opposition est ravagée, certains d’entre eux qui se voyaient enfin au conseil deviennent rouge à se contenir.

Malgré tout, la victoire est amère. Il a suffi d’une voix pour plonger dans l’incertitude et la confusion les larges vainqueurs de la soirée. A la descente de la maire de la tribune, les conseillers se rassemblent autour d’elle et lui prodiguent des marques de soutien et d’affection. L’animation est tout aussi étrange dans le camp d’en face, où la défaite mettra du temps à être digérée. Cependant pour le deuxième tour, leur stratégie se dégage et me vient rapidement en pensée : ce sera un choc entre les figures des deux listes, entre deux personnalités, et j’entrevoie le gouffre piégeur dans lequel l’esprit des gens s’enfoncera : humilier la maire, puisqu’ils en ont l’occasion. Je fais part de mon calcul à mon président de bureau que j’interpelle, celui-ci me regarde vaguement et repart sans réponse, la démarche hagarde.

Je verrais la maire s’effondrer en larmes entre deux discussions : « Ma liste est passée entièrement sauf moi, j’estime que c’est un succès. » J’ai rarement apprécié une victoire ressemblant de si près à un sermon.

Le buffet arrive bientôt, bien que les cœurs ne ressentissent que peu d’appétit. Les avis divergent sur les raisons de ce coup de semonce. Prudemment, j’avance devant le père réélu de mon ami que s’ils n’ont pas voté pour elle, c’est parce qu’ils ne l’aimaient pas et ne supportaient pas de la voir à ce poste. Mon interlocuteur réplique : « Mais non ! C’est parce qu’ils sont jaloux ! » Cinq minutes auparavant, j’apprenais qu’il était prêt à sacrifier sa place pour la maire. Vu que c’est impossible…

Je rentrais vers minuit moins vingt-cinq, accompagnant malgré moi deux hommes que je suivais de quelques pas en arrière, dans l’obscurité.

« Vraiment une bande de salopards ! Pour une voix ! C’est incroyable. »

« La feuille de houx a beaucoup pesé sur le vote, plus qu’on l’aurait cru. On l’a sous-estimée. »

La feuille de houx est une sorte de bulletin créé par des conseillers municipaux dissidents au sein de la majorité, ayant démissionné collectivement en 2005 suite à un profond désaccord régulier avec la maire, et qui depuis un semestre, délivrait donc ce bulletin de format A4 où, brodant des conjectures floues sur les manœuvres municipales, ils attaquaient la maire. J’avais souligné en cours de journée son importance à un nouveau conseiller qui m’avait répondu qu’on allait bien voir, ce que j’ai pris comme un accord qu’il partageait l’inquiétude de l’invisible portée de la feuille de houx sur les choix des électeurs.

« Qu’est-ce que vous allez faire maintenant ? »

« On va se réunir lundi, et on va voir la stratégie à adopter. On en a un peu discuté, on va attaquer sans être méchant ceux qui sont à la tête de la feuille de houx, en mettant l’accent sur le bon bilan général affiché par la maire. »

J’ai grimacé quand l’homme évoqua l’attaque contre les créateurs de la feuille. Ce serait comme vouloir tuer à l’aide d’une masse un lièvre courant sous des ronces. Bref, une stratégie trop délicate dans le peu de temps alloué à l’entre-deux tours.

Les deux hommes se séparèrent. Encore sous l’emprise d’une douce euphorie d’avoir été au cœur de cet événement communal, je rentrai.

Hommage à Arthur Charles Clarke.
Avec Stanley Kubrick, autre homme d’exception, ce fameux auteur de science-fiction contribua à la création d’une œuvre magistrale du cinéma : 2001, l’odyssée de l’espace.

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Va’, pensiero, sull’ali dorate – Giuseppe Verdi

11 mars 2008 3 commentaires

Je rédige actuellement le texte de ma journée de dimanche dernier, où j’ai tenu un bureau de vote à Plugu’. Journée riche en suspense, vous le constaterez… Je n’en dis pas plus. Sauf que le second tour promet !
Et que je prends des risques à le publier…
En attendant, je vous propose de chanter en italien, sur du Verdi, le célébrissime chœur des esclaves hébreus de Nabucco.

Va’, pensiero, sull’ali dorate.
Va’, ti posa sui clivi, sui colli,
ove olezzano tepide e molli
l’aure dolci del suolo natal!
Del Giordano le rive saluta,
di Sionne le torri atterrate.
O mia Patria, sì bella e perduta !
O remembranza sì cara e fatal !
Arpa d’or dei fatidici vati,
perché muta dal salice pendi ?
Le memorie del petto riaccendi,
ci favella del tempo che fu !
O simile di Solima ai fati,
traggi un suono di crudo lamento ;
o t’ispiri il Signore un concento
che ne infonda al patire virtù.

Comment ça, vous ne comprenez rien à l’italien ??

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15 h, mercredi dernier. J’arrive en gare de Quimper. Je descends du car et me dirige vers le kiosque à journaux. Devant celui-ci, un banc, et assis dessus, un jeune homme prostré. Il me paraît dormir, mais lorsque je le croise, je remarque des choses à terre entre ses pieds : des frites écrasées et des copeaux de viande. Probablement des restes de sandwich grec.

Interloqué, je passe à côté de lui. La fatigue devait l’accabler, à devoir dormir ainsi sur ses genoux, coupé en deux. Un sac de voyage était posé au sol contre le pied du banc.

J’achète mon Canard enchaîné, comme toutes les semaines. J’en fais presque un geste civique, accentué par le fait que c’est un vrai plaisir de le lire, malgré les horreurs qu’on y déniche. Le slogan de l’Humanité est « Dans un monde idéal l’Humanité n’existerait pas ». Personnellement, il s’applique bien mieux au Canard. [Tandis que Charlie Hebdo part dans une dérive autocratique, avec le licenciement abusif de Siné… 18/07/08] Fin de la parenthèse.

La vendeuse, que j’ai interrompu dans ses débalages de magazines, a aperçu mon coup d’œil prononcé vis-à-vis du jeune ; cependant elle ne bronche pas. Son territoire se limite au kiosque. Quelque part, ça se comprend. Elle doit en voir de belles avec les sans-abris qui se réfugient dans le hall d’entrée, parfois. La gêne venait du contraste entre l’aspect propre sur lui du jeune et du foutoir alimentaire entre ses chaussures.

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