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V – L’élixir

Pendant cette observation, elle fit un tour sur elle-même, ne se rendant pas tout de suite compte du jeu de ses pieds pour garder son équilibre. La surprise de découvrir cela lui étira les lèvres en un charmant sourire, et ce n’est qu’après avoir effectué un tour du tronc de l’arbre, tenu dans le rôle de tuteur, qu’elle se risqua à rester debout par ses propres jambes. Les petits tremblements s’estompèrent à mesure que la confiance grandît.

La première idée qui lui vint fut d’aller voir le ruisseau. Prenant un air déterminé, elle s’engagea sur la légère pente. Deux fois, alors qu’elle sentait défaillir ses membres, elle prit la peine de s’asseoir pour récupérer. Il fallait prendre son mal en patience, car Gaya y parviendrait, elle en était persuadée.

Enfin, elle fut au bord du ruisseau. Gaya le regarda sur toute la longueur qui lui était offerte. Le bruit de l’eau était sensiblement plus fort ici qu’à côté de l’arbre. Elle plia ses jambes sous son postérieur et, la tête au ras du sol, s’approcha de l’eau.

La jeune personne reste fascinée par les mouvements gracieux et infinis du liquide roulant sur les cailloux. L’eau, si simple, est une effervescence endormie. Gaya parvient alors à discerner la puissance considérable dissimulée par cet élément d’aspect faussement tranquille.

Elle plonge une main timide dans un remous, main qu’elle retire aussitôt. Une forte impression ainsi qu’un respect se lisent aisément sur son visage juvénile, bouche entrouverte par le choc. Un frisson la parcoure, non pas d’effroi, mais de compréhension. Cette force… Gaya perçoit qu’à travers son geste elle a atteint un palier, on lui a adressé un message : cette caresse douce et fraîche, c’était l’haleine de la vie !

Sans hésitation, elle joint ses mains en coupe et les replonge dans le ruisseau. Après s’être enivré un instant de ce nouveau contact aquatique, elle les retire, toutes dégoulinantes, et les yeux fermés, elle en approche ses lèvres et boit.

La sensation est complètement différente de celles connues à son réveil (celles-ci étant reléguées en arrière-plan de sa mémoire, mais toujours bien présentes). Le filet délicieusement frais s’abîme dans son organisme. Elle continue à boire lentement, sentant des zones internes vibrer puis un engourdissement relatif l’envahir. Elle ne fait pas attention aux deux gouttes qui glissent sur son menton et sa gorge. Une fois rassasiée, elle se rassit, ses mains humides posées entre ses cuisses.

Les yeux dans le vague, Gaya a une profonde inspiration.

Respirer et boire sont des mouvements essentiels à la vie.

(Suite : le 9 décembre)

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