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Archive for octobre 2007

III – L’histoire d’une vie

Une main s’égare sur la joue, cherche maladroitement l’endroit où l’épine de froid de la goutte s’est faite sentir. Tout s’est déjà évaporée.

L’enfant s’est redressée, appuyée contre le tronc d’un somptueux arbre, les jambes croisées. Elle a dégagé la capuche, et une cascade de cheveux roux doré s’est déversé dans son dos. Le phénomène étrange de sa peau semble aux prises aussi avec ses cheveux : la teinte se modifie sensiblement selon l’exposition au soleil.

Des picotements voyagent dans son corps, et ces petits crépitements organiques la chatouillent plaisamment.

Se retournant sur un côté, elle appose la main libre sur le tronc. Sa sensibilité lui permet de capturer la moindre nuance de l’écorce, de sa texture : d’infimes sillons, craquelures, bosses. Tout ce qui, en somme, paraîtrait pour malformation. Pourtant, ces stigmates ne sont pas apparus de façon anodine, il faut nécessairement qu’il y ait une raison à leur existence. L’arbre ne peut, dans sa nature même d’arbre, avoir créer sans utilité aucune de ces traces, ce qui signifie qu’il eût à subir des agressions. L’arbre dut s’adapter en conséquence : ces sillons, craquelures et bosses sont les cicatrices, les réponses. Ils contribuent au final à raconter une histoire, son histoire, et également assurer son identité.

L’enfant ressent de la tristesse vite remplacée par une conviction nouvelle : elle s’est éveillée pour entamer une histoire, la sienne. Et alors que cette pensée se forme en elle, ses doigts parcourant l’écorce sentent une pression étrange, semblable à un faible coussin d’air chaud. Dans le même instant, une porte s’ouvre en elle avec un déclic, et son bien le plus précieux lui est donné : son nom.

Gaya.

Ainsi commence son histoire.

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II – Réveil

D’abord le toucher. La goutte, s’écrasant sur la peau, explose en une myriade de gouttelettes qui s’éparpillent à l’impact. Un transfert de chaleur s’opère immédiatement, rééquilibrant la balance thermique des matières en jeu. Cela n’a pas échappé aux terminaisons nerveuses : c’est trop tard, le message de l’infinitésimal signal a enclenché l’impulsion de la conscience. La léthargie est terminée.

Suivent sans transition l’odorat et le goût : ces deux-là sont indissociables. Rien dans la bouche, mise à part la salive. La langue frémit. Une brusque et courte inspiration confirme l’éveil de l’être conscient. Des phéromones, des effluves et des odeurs pénètrent par les cavités nasales. Toute molécule est cataloguée.

L’ouïe enchaîne, pas de temps mort. Un tohu-bohu indescriptible envahit les oreilles de l’enfant. Le tri est expéditif : coulis de l’eau sur des rochers, léger bruissement de feuilles, faible grondement de la terre.

La vue s’ajuste en dernier. Lorsque la conscience s’éveille, ses yeux ne lui renvoient que la couleur rouge sombre des paupières. Celles-ci finissent par s’écarter doucement. Les pupilles se contractent au moment où des rayons frappent la cornée. Des iris verts, vides d’expression, se distinguent à travers les cils, pointant l’azur entre les feuilles et l’horizon. Un nuage s’avance dans son champ de vision, comme pour faire obstacle à cette rêverie, et les paupières s’élargissent soudain un peu plus, les yeux scintillant.

Premier clignement des paupières. Premier balayage de souvenirs.

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