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I – Naissance

_Perle dans le vide éternel. Elle navigue, elle flotte, ne coule pas. En vérité, elle ne peut couler. C’est la perle unique. Tantôt de nacre, tantôt d’un blanc laiteux. Cette couleur déchire le vide. Mais quelle couleur possède ce vide ? Ce vide possède-t-il une couleur ?

_Un soleil, solitaire, se consumant de l’intérieur, cannibale de lui-même. La chaleur devient insoutenable à mesure que l’on s’en approche, elle pourrait anéantir n’importe quel inconscient. Ses gigantesques turbulences le laissent de marbre, ne bousculent rien. Son activité est propre. Qu’est-ce qui pourrait donc perturber l’étoile ? Ce grumeau qui gravite autour ?

_Si brune, si bleue, si blanche : d’une fragile majesté. Des immensités brunes, des infinités bleues, des illusions blanches. Aucun de ces incommensurables domaines ne semblent reliés entre eux, pourtant… comment pourrait-on réagir sans d’autres éléments à sa portée ?

_Quelque chose scintille. Cet objet renvoie la lumière du soleil, faiblement. Ce n’est pas une perle, mais une goutte d’eau. Uniformément sphérique, d’un contour parfaitement lisse. On est en droit de se demander ce qu’elle peut bien faire en cet endroit, isolée, et depuis combien de temps. Sur l’atmosphère de la planète, elle surnage, elle s’y maintient. Ou non ? Il semblerait que… Oui ! La voilà qui tremblote, qui se laisse fléchir. Elle ne peut que s’abandonner. Y aurait-il un but en soi ? Peut-être.

_Maintenant elle franchit les couches d’air, imperturbable. Malgré la vitesse croissante, elle reste ronde, ne se désolidarise pas, entière. Sa trajectoire lui fait traverser un nuage, obstacle plus périlleux qu’il ne le veut bien paraître. La chute est inéluctable, il ne subsiste plus désormais que le point d’impact à connaître.

_Un arbre s’élève à proximité d’un ruisseau, dans un relief un peu bombé. La goutte plonge dessus à la verticale, mais, et cela est difficilement concevable, celle-ci perd de la vitesse. Elle transperce la frondaison, frôlant branches et feuilles, tout en ralentissant. Et ce n’est qu’à ce moment qu’on note la forme blanchâtre, duquelle on distingue un visage, allongée au pied de l’arbre. De plus en plus lentement la goutte descend, parallèlement au tronc, et s’arrête à un peu moins d’une dizaine de centimètres de la peau de l’inconnu(e).

_Il donne l’impression d’être mort, ou, plus exactement, inanimé, car, malgré les plis du vêtement on entrevoit la poitrine menue qui se soulève presque imperceptiblement. Les traits ne permettent pas de déterminer le sexe de l’individu. Ce que l’on peut constater, c’est qu’il s’agit d’une jeune personne, d’une douzaine d’années, approximativement. La peau est presque aussi immaculée que l’étoffe encadrant le visage, cependant, si l’on observe plus précautionneusement, l’épiderme s’adapte de façon subtile avec des tons plus ou moins foncés selon la variation de la luminosité. Les yeux clos ne bougent pas, malgré les stimuli impatients des feuilles coquines.

_Cet instant qui vaut mille interrogations, où le zéphyr suspend ses cabrioles et le temps ses sautes d’humeur, prend fin.

_La goutte tombe sur une joue.

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