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Archive for mai 2007

Courrier récemment dépêché à un guichet breton d’une banque :

Madame, monsieur,
je souhaite par cette présente lettre effectuer deux transferts qu’il est impossible de mettre en oeuvre dans quelque agence de Caisse d’Epargne Ile-de-France que ce soit. En effet, possédant un compte (au minimum) dans chacune des deux régions, il me faut de toute évidence recourir par fax ou courrier pour transvaser l’argent d’un compte d’une région à l’autre, puisque apparemment la barrière informatique, ou langagière, ou que sais-je encore, ne permet de vous comprendre entre agences de régions de France !
Est-ce bien sérieux ?
On se croirait dans le Tiers-monde. J’ignore pourquoi, mais j’ai l’impression qu’il serait plus facile de faire parvenir de l’argent d’un compte des Bahamas ou de la Principauté de Monaco.
Ne le prenez pas personnellement, c’est l’éthique de la banque que je remets en cause. Si tant est qu’un établissement banquier ait une éthique ; la question se pose.
[Passage relatif à mes transferts de thunes]
Bien à vous.
Y.H.

*

Tout à fait autre chose, à présent :

– Vas-y fiston, pose-moi tes questions.

– Est-ce qu’on peut mourir en léchant une tapette à mouches ?
La musique actuelle est-elle aussi nulle qu’elle en a l’air ?
Comment Dieu peut-il dormir quand les gens crèvent de faim ?
Faut-il changer de trottoir quand on croise quelqu’un avec un tee-shirt « papy sexy » ?
L’insecticide aux senteurs de pins est-il une si bonne idée ?
A quoi pense les filles qui portent du vernis à ongles noir ?
Si les animaux n’ont pas d’âme, où Fido passera-t-il l’éternité ?
Peut-on attraper le saturnisme en se piquant avec un crayon à mine de plomb ?
Y a-t-il de l’amour chez les amibes ?
Qu’y a-t-il de plus effrayant qu’un récital de poésie ?
Si tu votes pour la droite, deviens-tu complice de ses crimes ?
Les animaux en baudruche sont-ils un art ?
Alors ?

– C’est l’heure de te coucher.

LIFE IN HELL – Matt Groening

Catégories :Un an à Melun

_L’eau d’un fleuve à de cela de merveilleux que de quelque endroit qu’on la regarde, le soleil nous renvoie son éclat.

*

_J’ai assisté à un spectacle navrant, mardi matin.
_Un canard plongeant d’un coin d’azur indéterminé piqua directement vers une cane qui pataugeait sur une rivière. Sentant soudainement le danger, celle-ci battit des ailes avec la ferme intention de ne pas se soumettre. Un autre canard, stoïque, qui flottait autour d’elle, ne parut pas comprendre immédiatement la situation.
_Le volatile venu des cieux s’écrasa tout à côté de la femelle, et s’engagea alors une brève course-poursuite sur les flots et dans les airs. Le couple disparut à ma vue un court instant lorsqu’il atterrit, caché par une plantation. Le troisième oiseau les rejoignit, benêt.
_Mais les protestations sonores qui emplissaient l’espace ne me permettait plus de douter de l’issue de ce brutal événement : la cane se faisait outrageusement violer. Cette perspective me glaça d’effroi malgré moi, et l’avoir sous les yeux fut pire encore : la cane, littéralement plaquée au sol par le poids de son mâle conquérant, se plaignait bruyamment de chaque coup de butoir de son agresseur. Celui-ci, pour mieux s’assurer de la plénitude de ce bref moment de jouissance, la maintenait en coinçant par son bec la nuque de sa victime.
_Tandis que je marchai, les plaintes se firent plus faibles, comme résignées par la culbute forcée. Une mémé que je croisai regardait, incrédule, le monstrueux crime en cours. Une femme, à la moue un peu écoeurée, se plaça entre sa fille et les exhibitionnistes.
_Le troisième canard, lui, s’était placé au niveau de la tête de la cane, et semblait soit impuissant, soit avide de prendre la relève.
_Bêtes répugnantes.

*

_On n’arrête jamais vraiment d’apprendre à se cultiver. On n’arrête jamais vraiment d’apprendre à aimer. On n’arrête jamais d’apprendre.

*

Quand j’y pense, je n’ai jamais vu d’hirondelle autrement qu’en rase-motte au-dessus des champs ou de l’eau. De véritables fusées dont le décollage m’aura été dissimulé.

*


_
La loi de la jungle renvoie à deux images. La première, c’est celle de l’anarchie. En effet, la jungle par définition représente la nature, la physis (« fussiss ») en grec ancien, qui s’oppose systématiquement au nomos, la loi, c’est-à-dire la culture. L’expression première qui se compose de deux termes antinomiques nous paraît dans ce cas oxymoresque. Cela reviendrait à dire, par exemples, la lumière de la nuit, ou bien la probité de la politique. La jungle est un fouillis perpétuel, un désordre qui n’a pas à être ordonné sous peine de perdre cette appellation de jungle. Une loi de la jungle n’a pas lieu d’être. L’anarchie de la jungle surpassera toujours la loi.
_La seconde image va plus avant : c’est la loi du plus fort. La jungle est un endroit où l’on ne survit que difficilement, qui possède un réseau trophique d’une densité inouïe (les récifs coraliens sont tout aussi riches, l’autre point commun étant leurs prochaines disparitions. Petite parenthèse), et celui qui s’adaptera le mieux, le plus vite, avec un poil de fesse de chance pourra s’en tirer. Plus ou moins longtemps. Il sera le plus fort dans un environnement anarchique. Serait-ce réellement un raccourci audacieux l’affirmation que le monde capitaliste dans lequel nous tentons de vivre n’est autre qu’une jungle d’où émergent les plus puissants ? Le capitalisme se nourrit d’anarchie, aussi étonnant cela peut-il paraître. D’où la volonté légitime de l’entreprise à s’infiltrer dans la sphère politique.

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