_J’ai la tête en bouillie, après la vague géante d’images bêtifiantes de 300.
_La recette américaine pour créer des films qui « cartonnent » : prenez un événement historique de quelconque importance mais faire en sorte qu’il devienne un intense moment de [décision capitale pour une part non négligeable de l’humanité/l’impuissance éternellede l’homme face aux éléments] ; saupoudrez de valeurs morales qui feront mouche à tous les points du globe (bien qu’il faille y avoir des perdants et des grincheux) ; agrémentez de scènes tendres/fesses et nichons/preuves de l’absence de raison de l’ennemi et de son penchant cruellement et gratuitement machiavélique ; laissez faisander ; rajoutez de la musique symphonique (avec chœurs, de préférence, afin d’accroître le rythme cardiaque et le taux d’adrénaline) ; servez à température ambiante.
_Exemples de porridge : la bouse que j’ai mentionnée plus haut, Pearl Harbor, Gladiator, La Passion du Christ, 11-Septembre, d’autres dont le nom m’échappe, mais vous aviez deviné que la liste est très loin d’être exhaustive.
_Comme le disait un prof de fac, le cinéma produit des films de notre temps. L’exemple perspicace qu’il avait cité était King Kong, l’original sorti en 1933, c’est-à-dire peu d’années après la récession mondiale dû au plantage des bourses. Le symbole du primate géant dominant l’Empire State Building est fort : il signifie la peur profonde de l’homme de retourner à son état primitif. Il veut dire : n’oubliez pas d’où vous venez.
_C’était complètement d’actualité, et ça l’est toujours, d’ailleurs. (Hans Zimmer relève le niveau du film avec sa composition de génie),


_Je me souviens : au CM2, nous avions eu droit au passage éclair d’une assistante toute fraîchement sortie du moule de l’IUFM. Sous-entendu : animée des directives pédagogiques de l’institut.
_« Pour notre prochaine rencontre, je voudrais que vous me fassiez un dessin de vous tel que vous vous voyez. » Parfait, mam’zelle.
_Une idée m’était venue. Dans mon esprit d’alors, je ne percevais cette idée que comme me permettant de me distinguer des autres, car je ne voulais pas me croquer en personnage de fil de fer avec un gros cercle en guise de crâne. J’avais tenté de m’échapper de ce schéma auquel elle comptait nous voir « travailler » : ça n’a pas raté.
_Dans la hall d’entrée, une glace recouvrait le mur séparant la porte de la chambre de mes parents à une autre menant au salon. Un après-midi, probablement le week-end précédant « notre prochaine rencontre », j’ai pris une chaise, je me suis installé devant le miroir muni d’une feuille sur support rigide et d’un crayon à mine. Ma mère avait trouvé cette démarche amusante. Elle se trouvait dans la cuisine, à ma droite, vaquant à ses affaires. Il avait fait gris, ce jour-là, la lumière semblait morne dans le couloir.
_Et je me suis dessiné tel que je me suis vu : une jambe croisée sur l’autre, en train de dessiner. Certes, j’avais l’air quelque peu recroquevillé sur ma feuille de travail, l’absence de couleurs rendait le tout relativement terne, mais j’étais sûr d’une chose, en mon for intérieur, aucun élève de ma classe n’avait eu cette idée en tête. Et je dois avouer que je n’étais pas mécontent de moi, même si ce sentiment se mélangeait avec la crainte de la réaction de l’assistante envers mon dessin non conventionnel…
_Crainte qui s’accentua en classe. L’assistante passait dans les rangs, donnant son verdict, un sourire constant aux lèvres allant du charmant à l’enthousiaste. Je dissimulais mon résultat sans vraiment le cacher, croyant que les rires jaillissant de tous côtés avaient pour objet de dérision celui-ci. Je méprise tellement cette bonne femme aujourd’hui…
_Lorsqu’elle se tint à mon niveau, je vis sa grimace de circonstance se changer en une moue de dégoût à peine retenue. Elle se reprit vite, toutefois.
_« C’est, heu, bien… Mais j’aimerais que tu me le refasses pour la prochaine fois comme tes copains l’on fait. »
_Je ne l’ai pas refait. De toute façon, elle ne l’a jamais redemandé.
_Pauvre conne.


_Je ne peux pas ne pas raconter ça !
_Le 22 avril. Je me rends vers 13h30 à mon bureau de vote, installé dans dans un groupe scolaire de Melun. J’entre dans la salle, jette un coup d’œil, remarque non sans surprise que c’est le maire qui tient l’urne de mon bureau. Je demande à une dame ce qu’il faut faire (apparemment, ce n’est pas la même démarche qu’à Pleug’) ; je récupère les douze bulletins et une enveloppe. Je m’enferme dans l’isoloir, et vote blanc.
_Je ressors de l’isoloir, m’avance vers le bureau : la dame assise en face de moi prend mes papiers, me dit que ma carte d’électeur n’est pas signée ; je m’exécute. Ma carte circule, je me place devant l’urne.
_A ce moment, je saisis la poignée pour ouvrir la boîte, je glisse tout naturellement mon enveloppe et ferme l’urne !
_Cinq secondes de silence.
_Le maire me regarde, incrédule mais amusé :
_– Normalement, c’était à moi de le faire.
_Je le regarde, abasourdi.
_– C’est pas vrai…
_Grand sourire.
_– Peut-être serez-vous assesseur à ma place, plus tard !
_Je bredouille des excuses, signe, récupère ma carte tamponnée, lance une salutation et m’en vais !
_Impayable !

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Catégories :Un an à Melun
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