Vous vous contenterez d’un extrait des Aventures de Tom Sawyer, de Mark Twain, un passage qui m’a fait rire dans mon lit, tard la nuit, pendant une bonne dizaine de minutes.
Livre à lire et à relire.

__« Puis il retomba dans son tourment tandis que le commentaire continuait. Bientôt il songea à un trésor qu’il possédait et il le tira de sa poche. C’était un immense coléoptère noir avec de formidables mandibules, un cerf-volant qu’il appelait une « bête à pinces ». L’animal se trouvait dans une boîte fermée par une capsule. La première chose que fit le coléoptère fut de lui prendre le doigt. Tom sursauta. Le cerf-volant s’envola lourdement à travers la nef et atterrit sur le dos, tandis que le garçon s’enfonçait dans la bouche son doigt blessé. Le coléoptère demeura où il était en agitant inutilement ses pattes pour tenter de se retourner. Tom le regarda du coin de l’œil, avec l’envie de le reprendre. Mais l’insecte était hors de portée. D’autres fidèles, que le sermon n’intéressait pas, s’amusèrent à le regarder eux aussi.
__A ce moment un caniche qui semblait avoir perdu son chemin s’avança lentement, incité sans doute à la paresse par la douceur estivale et par le calme du lieu, las de sa captivité et cherchant une distraction. La queue pendante du chien se leva et s’agita. Il observa l’insecte, se mit à tourner autour de lui et à renifler à respectable distance. Puis il se remit à tourner, s’enhardit et vint renifler de plus près. Puis il retroussa sa lippe et lança une brusque attaque vers la bestiole qu’il manqua. Il fit une nouvelle tentative et encore une autre, commençant à prendre un plaisir manifeste à cette diversion. Il se laissa tomber sur le ventre, le coléoptère entre les pattes, et poursuivit ses expériences. Il se fatigua, devint indifférent, puis distrait. Il hocha la tête et, petit à petit, son menton descendit jusqu’à toucher l’ennemi qui s’en saisit. Il y eut un hurlement aigu. Le caniche secoua violemment la tête. Le cerf-volant fut lancé à quelques mètres et atterrit à nouveau sur le dos. Les spectateurs avoisinants furent secoués par une douce joie intérieure, certains visages se cachèrent derrière des éventails ou des mouchoirs, et Tom se sentit parfaitement heureux. Le chien avait l’air idiot et se sentait probablement tel. Mais il y avait du ressentiment dans son cœur et un amer désir de vengeance. Aussi se dirigea-t-il vers l’insecte et entreprit-il une attaque circonspecte en sautant vers lui de tous les points d’un cercle, atterrissant avec ses pattes de devant à quelques centimètres de sa proie, claquant même des dents vers elle le plus près qu’il pouvait et secouant la tête jusqu’à s’en faire battre les oreilles. Mais au bout d’un moment, il se fatigua une fois de plus de ce jeu. Il tenta de s’amuser avec une mouche, mais il n’en éprouva aucun plaisir. Il suivit une fourmi, le nez au sol, mais il s’en fatigua tout aussi rapidement. Il bâilla, soupira, oublia complètement le coléoptère et alla s’asseoir dessus ! Alors, on entendit un terrible cri de douleur, et le caniche s’envola littéralement le long de la nef tout en continuant à aboyer. Il traversa l’église en face de l’autel, descendit l’autre nef à toute allure. Plus il avançait, plus son angoisse allait croissant. Il ne fut bientôt plus qu’une comète laineuse qui traçait son orbite avec l’éclat et la vitesse de la lumière. Finalement, la victime frénétique renonça à la course et sauta sur les genoux de son maître, qui le jeta par la fenêtre ouverte. Les hurlements de détresse s’atténuèrent rapidement et moururent au loin.
__A ce moment-là, dans l’assemblée, on ne voyait plus que des visages congestionnés ; les fidèles suffoquaient de rires étouffés. […] On n’écoutait le prédicateur qu’avec des expressions furtives de joie peu sainte, comme si le pauvre pasteur avait raconté une bonne plaisanterie. […]
__Tom Sawyer rentra chez lui d’assez bonne humeur, en songeant qu’après tout il y avait des satisfactions dans le service divin, lorsqu’on y introduisait un peu de variété. Une seule pensée troublait sa joie. Il voulait bien que le chien joue avec sa « bête à pinces ». Il trouvait cependant peu honnête de la part de l’animal d’avoir emporté la bestiole avec lui. »

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