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Acte III : Terreur à l’hôpital

(06/12/04 vers midi)

Je ne m’étais jamais cassé quelque chose avant cela. Les plus graves lésions subies furent simultanées : une tendinite à chaque pouce, durant ma première Première S. J’avais beau expliquer que c’était l’œuvre d’un intense cramponnement à la manette PlayStation sur Final Fantasy VIII (je parle du boostage des invocations, avis aux connaisseurs), mes subtils collègues de classe d’alors revenaient sans arrêt sur une autre notion, je vous laisse deviner laquelle.
Bref, j’avais rendez-vous ce lundi peu avant midi avec M. Y., chirurgien orthopédiste exerçant au centre hospitalier. Tout en me renseignant à l’accueil sur le chemin à prendre, je me rappelais avec un mélange d’inquiétude et de nostalgie mon stage de deux jours en cet endroit… Ah ! Oui, je me souviens de ce tableau montrant les différents constituants de la merde (ses nombreuses teintes et textures classifiées) et de l’urine (j’avais même trouvé un échantillon d’un membre de ma famille… Beurk)… Et aussi de ce jeu rigolo… Celui de faire glisser un gros aimant sur les écrans des ordinateurs de contrôle, parce que ça changeait drôlement l’image… Comment pouvais-je deviner que les tubes cathodiques morflaient ? Au vu des grosses marques noires sur l’écran, j’aurais peut-être dû me douter. Mais bon, j’étais en Quatrième, je ne connaissais pas la relation entre le champ magnétique et les électrons…

Donc les enfants, ne le testez pas sur l’ordinateur de papa. Sinon c’est la fessée assurée, et une dont vous vous souviendrez. C’est valable pour les portables, aussi.

Il y avait aussi beaucoup de monde en salle d’attente de chirurgie orthopédie, mais ce que vous remarquiez tout de suite n’était pas ça, mais un autre détail : ce cri assourdi et continu. Après avoir déposé le dossier à la secrétaire, j’allais m’assoir, toujours cet affreux cri dans les oreilles. Bon sang, mais c’est qui qu’on étripe ici ? me demandai-je. Un heureux hasard me fit dénicher une place juste en face de la porte derrière laquelle la personne agonisait dans ce qu’il semblait être d’atroces souffrances.
Vous savez, c’est le genre de cri que l’on fait quand on se trouve devant la matérialisation de son pire cauchemar ou de sa phobie, ou encore, quand on vous torture depuis un bon moment déjà et que vous approchez de votre limite. Un cri venu du fond du cœur et des tripes.
Je crois que je peux aisément comparer ce hurlement à celui des Nazgûl, et pourtant c’est bien faible. Le cri était plus rauque à l’oreille, on pouvait deviner qu’il s’époumonait depuis un bon bout de temps déjà. Le bruit de la scie électrique qui faisait son boulot en parallèle ne couvrait quasiment rien. La Chose reprenait son souffle bruyamment puis braillait derechef à pleine puissance : ça faisait froid dans le dos. Dès que la scie se remettait en marche, le hurlement suivait. Des infirmières sortaient et rentraient, et évidemment la porte laissée entrouverte augmentait l’intensité et la sonorité du massacre à la scie sauteuse de la pièce d’en face. Le petit bébé d’un jour, dans son landau, qui attendait son tour poussait de petits couinements, lui aussi. Il sentait la douleur que la Chose émettait.
Et puis tout à coup, plus rien, silence pesant dans la salle d’attente, les visages se tendent et certains pâlissent d’anxiété. La scie et l’Autre s’étaient tus. Puis des voix de femmes qui lâchaient des soulagements non feints. Au bout d’un moment, un p’tit gars rondouillard, tout rouge et en béquilles sortit la tête basse, suivit de sa grande sœur. Putain ! C’est ce gamin qui faisait tout ce barouf ! pensai-je sidéré. La grande sœur accablée expliqua à sa mère à côté de moi qu’il avait fallu le retenir, qu’il donnait des coups de pied, en gros qu’il se débattait… Le gosse voulait enlever son plâtre à la jambe mais au moment de passer au découpage par la scie il avait voulu le garder !
Quand vint mon tour de rencontrer Mr Y., je sus par l’intermédiaire d’une infirmière qu’il avait probablement été traumatisé plus jeune quand en enlevant un premier plâtre, la scie avait touché sa jambe… Pauvre gosse, j’le comprends, ça ne devait pas être jojo…
Mr Y. déploya les radios, dont celle de contrôle que j’avais fait faire le vendredi de la semaine précédente. Il constata bien la double fracture en Y (décidément) et ne remarqua rien d’anormal. Il me demanda de quelle façon cela avait pu avoir lieu, puis plaisanta après lui avoir expliqué : Et bien sûr c’est le genou qui a cassé.
Oh ! Non, je n’ai pas cette puissance.
Enfin… Seul consolation : on ne m’a pas posé de plâtre.

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